Minoritaires en détention (moins de 4 % de la population détenue), les détenues pâtissent de la mauvaise répartition des places de prison pour femmes sur le territoire. Et souffrent d’un effet de genre : premières à maintenir le lien avec leur père, frère, compagnon ou ami incarcéré, elles sont aussi plus vite abandonnées lorsqu’elles sont de l’autre côté du mur.
À la prison pour femmes de Roanne, il y a très peu de visites, remarque une mère de détenue. Samedi et dimanche matin par exemple, il y avait deux familles au parloir, pour près d’une centaine de femmes incarcérées... » Même situation à Réau, en région parisienne : « En général, les parloirs sont vides, observe l’une des salariés chargés de l’accueil des familles. La plupart des hommes n’ont pas ce problème. On dirait que dès qu’elles entrent en prison, les femmes sont abandonnées par leur famille. » Un constat unanimement partagé mais jamais objectivé, faute d’étude sur le sujet1. « C’est toute la question de l’extrême invisibilité des femmes en milieu carcéral. (...)
La situation est d’autant plus préoccupante pour les femmes condamnées à de longues peines : seulement huit établissements pour peine peuvent recevoir des femmes2, la plupart étant concentrés dans la moitié nord de la France. Conséquence : « Ces dernières sont souvent incarcérées dans des établissements éloignés de leurs proches », constate le CGLPL, si bien qu’elles « souffrent davantage de la rupture du lien familial ». (...)
Pour Corinne Rostaing, cet isolement est aussi le résultat d’un « double effet de genre ». Le fait de contrevenir à la loi est socialement beaucoup moins toléré pour une femme que pour un homme. « Elles subissent en quelque sorte une double stigmatisation : non seulement elles ont enfreint la loi, mais elles ont aussi transgressé les normes liées à leur sexe. Le sentiment de honte est plus fort chez les femmes et leurs proches leur tournent plus souvent le dos. La seule personne qui vient encore éventuellement les voir, c’est souvent leur mère. (...)
c’est d’ailleurs là le second effet de genre : la solidarité familiale est une affaire de femmes. (...)
« On les voit arriver avec des kilos de linge propre, parfois repassé et parfumé. On voit bien que ce n’est pas dans le rôle des hommes, et des maris en particulier, de faire ça. À commencer par le fait d’attendre, dans tous les sens du terme : attendre devant le parloir, mais aussi attendre que la femme sorte de prison. Très vite, c’est divorce ou séparation, même pas forcément formulé… », rapporte Corinne Rostaing. « Le problème, si on se place dans une perspective de réinsertion, poursuit la sociologue, c’est que l’administration pénitentiaire ne met pas les moyens pour compenser cet isolement (...)