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Le Cévenol : la SNCF s’acharne contre un train vital
Article mis en ligne le 3 janvier 2018

À une époque, elle était la principale liaison de chemin de fer reliant Paris à Marseille. Désormais, elle est un tronçon régional que les acteurs locaux tentent de sauver. La ligne des Cévennes est emblématique du combat pour la sauvegarde des lignes secondaires, abandonnées de la SNCF. Elles sont pourtant essentielles aux territoires reculés, et une solide alternative à la voiture.

Alès (Gard)-Langogne (Lozère), reportage

« Halte de Chamborigaud » : le lieu n’a plus droit à l’appellation de gare. Le panneau, récent, est accroché à un abri aménagé de quelques sièges, permettant au voyageur de s’abriter du froid venteux et piquant des montagnes cévenoles. Une petite dizaine de voitures stationnent sur le parking voisin. Sans cela, on pourrait se croire à un arrêt fantôme. Le bâtiment, qui a autrefois abrité un guichet et même un logement, est barricadé, soulignant la fermeture définitive. Sur le quai d’en face, les herbes prennent la place du béton. Impossible d’acheter un billet sur place, il n’y a pas d’automate. Pas d’autre voyageur à l’horizon non plus. (...)

La partie la plus spectaculaire se trouve dans les gorges de l’Allier, entre la Lozère et la Haute-Loire, où seul le rail est parvenu à se frayer un chemin dans un paysage où aucune route ne passe. Tant d’efforts ne visaient pas à construire une ligne pittoresque ou touristique, mais à relier Paris à Marseille, via le tracé le plus court : celui du Massif central plutôt que celui de la vallée du Rhône. Le train qui effectuait ce trajet a été appelé « le Cévenol » en référence à cette portion spectaculaire. (...)

À la grande époque, les trains Intercités qui empruntaient la ligne reliaient directement Paris à Marseille, dans la journée ou en train de nuit. (...)

« On dirait que tout est fait pour que ça ne fonctionne pas normalement »
Scolaires et étudiants dans l’année, touristes à la belle saison, développement des filières bois et agroalimentaires (le territoire est par exemple connu pour ses salaisons) : les besoins et le potentiel sont là. Et puis, au-delà, « c’est une question d’égalité entre tous les citoyens d’avoir accès au réseau de déplacement national », souligne de son côté Gabriel Tonel. Joffrey Martinez, secrétaire de la CGT cheminots d’Alès (Gard), confirme : « Il faut maintenir le service public. On ne peut pas faire un chemin de fer à deux vitesses. » (...)

C’est pourtant le choix qui semble avoir été fait par la SNCF. L’histoire décrite par les défenseurs du Cévenol est la même que pour beaucoup d’autres lignes : le manque d’entretien oblige à ralentir les trains, donc entraîne une baisse de fréquentation, ce qui plaide en défaveur de l’entretien des voies, etc. Joffrey Martinez, conducteur sur le trajet Alès-Nîmes, détaille : « La priorité est donnée à la ligne principale de la région, Avignon-Montpellier-Perpignan. Toutes les lignes autour sont en danger. (...)

La ligne des Cévennes a même failli être fermée. Une forte mobilisation locale a permis de la sauver, et l’ex-région Auvergne a financé des travaux, jusqu’en 2015, qui ont permis de la maintenir.

Mais la partie est loin d’être gagnée. (...)

De son côté, la SNCF semble redoubler d’efforts pour vider les trains. L’impossibilité d’acheter des billets à bord fait baisser la fréquentation officielle. L’achat de billets sur internet semble aussi fait pour dissuader les voyageurs : les utilisateurs rapportent que le site de la SNCF incite à passer par Lyon pour aller de Nîmes à Clermont plutôt que de proposer la ligne des Cévennes. Les billets sont mis en vente bien plus tard que ceux du TGV. (...)

La région Occitanie assure vouloir perpétuer et investir dans la ligne
La prochaine bataille des associations d’usagers et d’élus se mènera à Villefort (Lozère), dont la gare est menacée de fermeture. Cela ferait un lieu de moins où les trains peuvent se croiser, et donc au minimum 15 minutes supplémentaires de retard en cas d’incident. L’affaire des toilettes de Génolhac (Gard), entretenues par la mairie mais volontairement fermées par la SNCF, a aussi mobilisé les troupes, qui se battent pied à pied pour maintenir un guichet ici, un service par là. (...)

Un espoir d’amélioration, tout de même : la région Occitanie assure vouloir perpétuer et investir dans la ligne. Sur les trois aller-retour journaliers, l’un est reconnu « train d’équilibre du territoire ». L’État a préféré en déléguer la gestion à la région à partir de 2018, et, à ce titre, lui versera une compensation financière pour l’exploiter, et va financer du « matériel roulant » neuf. Les deux autres horaires — ceux du soir et du matin — sont déjà des TER. « Nous voulons rétablir la correspondance à Nîmes vers Marseille » (...)