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l’OBS
Le jour où j’ai compris que j’étais noire
Article mis en ligne le 20 juillet 2022

Tout commence par une blague, le 31 décembre 2020. Une amie de mon compagnon s’en félicite : le « quota de personnes de couleur » est respecté ce soir-là. Puis, elle lance : « On va prendre une photo de nous et je l’enverrai à mon groupe d’amis sur WhatsApp pour leur dire que je passe le jour de l’An avec une femme de couleur. »

Je souris (un peu hébétée, sans savoir comme réagir) et je vois cette photo de moi, souriant bêtement à ses côtés, atterrir dans un groupe WhatsApp de personnes qui me sont tout à fait inconnues, avec cette légende : « J’ai presque embrassé une femme de couleur… Je tue le game ou pas ? Joyeux nouvel an. » C’était une plaisanterie, mais mon corps s’est gelé. Une telle blague est-elle recevable ? Jusqu’à présent, je me définissais (de façon assez infantile, je dois l’admettre) comme marron. Ou alors métisse, parfois, tout en ressentant un malaise. « Je suis métisse, un mélange de couleurs », dit la chanson. Mais c’est quoi, être métisse ? Une spécificité française ? L’avenir de l’humanité, m’a-t-on souvent répondu, tandis que je le sentais, c’était surtout moins pire que d’être noire. Avais-je la chance, quelque part, de ne pas être trop sombre ? Cette blague, n’est-ce pas le moment de choisir son camp ? La journaliste Rokhaya Diallo, les sociologues Eric Fassin et Nelly Quemener, l’historien Michel Pastoureau, la psychanalyste Sophie Mendelsohn, la politologue Françoise Vergès, la militante Jessica Mwiza, mon frère, ma sœur et même ma mère répondent à mes questions. (...)

« Calme-toi, ce n’est qu’une blague. » « Dis quelque chose, si tu ne dis rien, tu cautionnes… » « Si tu dis quelque chose, tu vas pourrir le réveillon ! » C’est le propre de ces blagues. Qu’elles soient racistes, sexistes, homophobes, transphobes, ou grossophobes, elles mettent toujours les personnes concernées dans une position intenable. (...)

Je souris (un peu hébétée, sans savoir comme réagir) et je vois cette photo de moi, souriant bêtement à ses côtés, atterrir dans un groupe WhatsApp de personnes qui me sont tout à fait inconnues, avec cette légende : « J’ai presque embrassé une femme de couleur… Je tue le game ou pas ? Joyeux nouvel an. » C’était une plaisanterie, mais mon corps s’est gelé. Une telle blague est-elle recevable ? Jusqu’à présent, je me définissais (de façon assez infantile, je dois l’admettre) comme marron. Ou alors métisse, parfois, tout en ressentant un malaise. « Je suis métisse, un mélange de couleurs », dit la chanson. Mais c’est quoi, être métisse ? Une spécificité française ? L’avenir de l’humanité, m’a-t-on souvent répondu, tandis que je le sentais, c’était surtout moins pire que d’être noire. Avais-je la chance, quelque part, de ne pas être trop sombre ? Cette blague, n’est-ce pas le moment de choisir son camp ? La journaliste Rokhaya Diallo, les sociologues Eric Fassin et Nelly Quemener, l’historien Michel Pastoureau, la psychanalyste Sophie Mendelsohn, la politologue Françoise Vergès, la militante Jessica Mwiza, mon frère, ma sœur et même ma mère répondent à mes questions. (...)