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Le nitrate d’ammonium, un engrais de plus en plus sous surveillance
Article mis en ligne le 10 août 2020
dernière modification le 9 août 2020

Les Libanais l’ont appris à leurs dépens. Le nitrate d’ammonium, qui a provoqué la double-explosion dans le port de Beyrouth mardi, a déjà été à l’origine de catastrophes rares mais dévastatrices dans le passé. A ce titre, il a fait l’objet de surveillances renforcées ces dernières années.

Plus de 20 millions de tonnes de nitrate d’ammonium sont produites par an, soit l’équivalent chaque jour de 20 fois la quantité (2.700 tonnes) qui a explosé à Beyrouth. Les stockages de plusieurs centaines et même de milliers de tonnes sont donc fréquents à travers le monde, et un seul exploitant agricole peut en utiliser plusieurs tonnes par an, selon des experts.
Engrais et explosifs

Selon le cabinet spécialisé IHS, un peu plus des trois quarts environ sont destinés à l’agriculture – riche en azote, le produit favorise la croissance des plantes – et le reste pour les explosifs, notamment dans le secteur minier et des travaux publics, avec une concentration plus élevée et donc plus dangereuse. (...)

depuis l’invention de procédés industriels de synthèse au début du XXe siècle, il est quasi exclusivement produit dans des usines, en faisant réagir de l’acide nitrique et de l’ammoniac.
De bilans effroyables sans mesure de sécurité

S’ils restent rares – quelques dizaines depuis un siècle – les accidents impliquant le nitrate d’ammonium ont des bilans effroyables. Un des premiers d’entre eux, à l’usine BASF à Oppau en Allemagne, avait fait 561 morts en 1921. En 1947, à Texas City, l’explosion de deux navires à quai transportant 3.500 tonnes avaient tué 581 personnes.

Sites de production, entrepôts comme transports ont tous subi des accidents, selon un mémo de la Commission européenne sur le sujet. (...)

Les industriels soulignent eux que le risque est minime quand les consignes de sécurité sont respectées, et qu’une température élevée – d’un peu moins de 200 degrés – est nécessaire pour le brûler.
Des mélanges explosifs

« Insensible aux chocs et aux frottements, le nitrate d’ammonium est un explosif médiocre sauf s’il est mélangé à des combustibles comme des hydrocarbures, ou s’il est fondu et confiné lors, par exemple, d’un incendie violent », résume la Société chimique de France. (...)

« Il y a une pression constante à travers le monde pour réguler l’usage et le commerce du nitrate d’ammonium du fait de son usage détourné à des fins terroristes ou du risque de détonation accidentelle. Plusieurs pays ont banni sa vente comme engrais, comme l’Afghanistan, la Chine, la Colombie, les Philippines et la Turquie », selon IHS.

En Europe, les stockages sont encadrés par la directive Seveso 3, qui a été renforcée à la suite de l’accident de l’ usine AZF à Toulouse en France en 2001. Les mesures sont de plus en plus strictes en fonction de la quantité entreposée, mais « il n’y a pas de limites maximales » aux quantités stockées, selon Lukasz Pasterski, porte-parole de l’organisation du secteur Fertilizers Europe. (...)

Produit banal et peu coûteux, le nitrate d’ammonium a souvent été utilisé dans les attentats et s’avère un casse-tête pour les autorités antiterroristes. (...)