Le président-candidat a présenté, jeudi 17 mars, les grands axes de son programme. Plus que jamais néolibéral sur le plan économique, il propose une version conservatrice des enjeux sociaux et régaliens, en occupant le terrain de ses adversaires de droite et d’extrême droite.
Un long monologue, beaucoup d’autosatisfaction, de grandes formules absconses et un pillage d’idées à droite et à droite. Jeudi 17 mars, Emmanuel Macron a présenté pendant plus de quatre heures « les grands axes » de son programme lors d’une conférence de presse filmée par les seules caméras du candidat. Ce dernier a immédiatement annoncé qu’il ne pourrait être exhaustif, renvoyant à plus tard bon nombre de sujets, tels l’outre-mer, la biodiversité ou le logement. (...)
Défendant aveuglément le bilan de son quinquennat, le président sortant a seulement regretté de ne pas avoir mené à bout deux réformes promises en 2017 : celle des retraites, empêchée selon lui par la pandémie – ni la mobilisation sociale ni le 49-3 dégainé en première lecture à l’Assemblée nationale n’ont évidemment été évoqués – ; et celle des institutions, bloquée à l’en croire par le Sénat – mais en réalité enterrée par l’affaire Benalla, dont le nom n’a bien entendu pas été cité. (...)
Évacuant toutes les questions portant sur son exercice solitaire du pouvoir – un mirage collectif, sans doute –, Emmanuel Macron a promis d’adopter une nouvelle méthode en cas de réélection, « pour essayer de lever les blocages ». « “Avec vous” n’est pas simplement un slogan, ce sera aussi pour moi une méthode démocratique nouvelle », a-t-il assuré, sans dire un mot de l’échec de la convention citoyenne pour le climat, mais en convoquant un sibyllin « retour de la souveraineté populaire ».
Le candidat a ainsi annoncé vouloir mettre en place une autre « convention citoyenne », cette fois-ci pour trancher le débat sur la fin de vie. Comme il l’avait fait la première fois – avant de renier sa promesse –, il a indiqué qu’il soumettrait « à la représentation nationale ou au peuple le choix d’aller au bout du chemin qui sera préconisé » par cette convention, par voie référendaire s’il le faut.
Interrogé sur le copier-coller du programme Les Républicains (LR) qu’il venait de présenter, le président sortant a balayé les critiques, moquant ses adversaires qui n’arrivent pas, selon lui, à « se distinguer de son projet ». « Qu’ont-ils été faire dans cette galère ? », a-t-il interrogé, avant de livrer sa vision toute personnelle du débat démocratique – les questions des journalistes étant censées remplacer la confrontation d’idées avec les autres candidat·es.
« Je m’en fiche royalement, totalement, présidentiellement », a encore répondu le chef de l’État au sujet de sa droitisation décomplexée et des commentaires qui en sont faits. (...)
Des propositions conservatrices, voire réactionnaires
Sur le plan économique, le chef de l’État a en effet confirmé son ancrage néolibéral et droitier. Certes, sur les questions énergétiques, et devant la force des événements, il a promis la vague mise en place d’une « planification par secteur qui sera déclinée territoire par territoire ». Mais de la part d’un président de la République qui a fondé un haut-commissariat au plan sans aucun plan, une telle promesse ne saurait être prise sans une immense prudence.
D’autant plus que cet îlot vague de planification est perdu dans une mer de propositions conservatrices, voire réactionnaires. Au premier chef, on doit citer la confirmation d’une nouvelle réforme des retraites qui sera mise en place, comme l’avait documenté Mediapart, « en début de quinquennat » et qui prévoit l’allongement « progressif » de l’âge légal de départ à 65 ans. Soit un abandon complet de la grande réforme de 1981 qui ramenait l’âge légal à 60 ans et qui avait déjà été partiellement attaquée par la réforme Fillon de 2010 qui le portait à 62 ans.
C’est un immense recul social que propose Emmanuel Macron. Un recul qui ne saurait se justifier par l’argument avancé de « l’allongement de la durée de vie » puisque les réformes précédentes avaient déjà permis de récupérer les gains d’espérance de vie. La seule justification est donc la réduction des dépenses publiques dans la logique du programme envoyé par le gouvernement à Bruxelles pour les cinq années à venir et qui prévoit le retour du déficit public sous les 3 % en fin de quinquennat.
Dans la même perspective, l’autre grand recul social promis par le candidat concerne la réforme du revenu de solidarité active (RSA). Au nom de la prétendue « dignité » de ses bénéficiaires , il sera décidé d’une « obligation de consacrer 15 à 20 heures par semaine » à une « activité permettant d’aller vers l’insertion ». C’est une rupture dans le modèle social français qui se rapproche clairement du « workfare » promu aux États-Unis au début des années 1970 par Richard Nixon et qui conditionne les prestations sociales à un travail. (...)
Cette proposition va encore offrir aux entreprises un bassin d’emplois pris en charge par l’État. Ce travail de sape est plus large, puisque Emmanuel Macron propose partout de renforcer la logique marchande et la concurrence. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre l’idée selon laquelle on « ne traiterait pas la pauvreté ou la précarité uniquement au travers de prestations monétaires ».
Aux enseignants, le président sortant refuse toute valorisation générale au profit d’un paiement pour de nouvelles prestations – remplacements inopinés, soutiens personnalisés. Il juge « difficile » de mieux payer ceux qui ne « font pas plus d’effort ». Aux salariés, il propose de « monétiser » le compte épargne temps. Pour les services publics, il veut un approfondissement des « appels ouverts à projets » où leur organisation serait soumise aux propositions du secteur privé et une « simplification » qui réduirait le pouvoir normatif de l’État à travers des « lois d’exception ».
La concurrence devra s’installer partout (...)
Comme il l’avait esquissé à Marseille en septembre 2021, le candidat a confirmé vouloir permettre aux chefs d’établissement d’effectuer des recrutements « sur profils », rompant ainsi avec la promesse d’égalité territoriale de la fonction publique.
Reprise des récits dominants de la finance et du patronat (...)
La nouvelle baisse annoncée des impôts de production, en l’occurrence de la contribution sur la valeur ajoutée (CVAE) vient prouver que le cœur du projet économique reste le même qu’en 2017. Ces 7,5 milliards d’euros par an viendraient en effet s’ajouter aux 10 milliards par an offerts depuis 2020. Très significativement, le candidat s’est soumis à la demande expresse du patronat sur ce sujet, comme l’ont fait avant lui Éric Zemmour et Marine Le Pen. (...)
Les ménages, eux, devront se contenter de mesures saupoudrées ici ou là, comme le relèvement à 150 000 euros de l’exonération des droits de succession, la suppression de la redevance audiovisuelle ou la baisse des cotisations sur les indépendants. Le président sortant a promis que cela équivalait aux 7,5 milliards d’euros offerts aux entreprises.
En réalité, face à la crise inflationniste qui pèse sur les revenus réels de la majorité de la population, le chef de l’État regarde ailleurs : il n’a pas dit un mot sur la hausse des prix, en dehors des mesures déjà lancées, et a soigneusement évité la question du niveau des salaires. Il promet donc au mieux de laisser les ménages prendre une large part de l’ajustement à la hausse des prix. Le tout avec l’épée de Damoclès constante d’une assurance-chômage vouée à être de plus en plus restrictive. (...)
Sur le volet régalien, pudiquement qualifié de « pacte républicain », le chef de l’État a là aussi confirmé l’adoption de toutes les antiennes de la droite la plus réactionnaire, notamment sur l’immigration. Il a ainsi annoncé vouloir opérer une « refonte de l’organisation du droit d’asile et de séjour », « avec un système qui fera que le refus d’asile vaudra obligation de quitter le territoire français », les possibilités de recours étant aujourd’hui trop nombreuses à ses yeux.
Rappelant que la France « a et aura à faire face à des arrivées importantes de femmes et d’hommes qui fuient l’Ukraine », Emmanuel Macron a également indiqué vouloir revoir « notre modèle d’intégration ». « La carte de séjour pluriannuelle sera donnée dans des conditions beaucoup plus restrictives », a-t-il précisé. En introduction de sa présentation, il avait pourtant souligné son « attachement à un humanisme », qu’il considère même comme une « conviction philosophique ».
Alors qu’il avait récemment assuré que la question de l’égalité entre les femmes et les hommes serait de nouveau la grande cause de son deuxième quinquennat, le président sortant n’a pas dit un mot sur le sujet. À peine a-t-il répondu à une question portant sur son opposition à l’allongement du délai légal de l’IVG, voté cette année par le Parlement contre l’avis du gouvernement. Il s’est « engagé » à ne pas aller au-delà, estimant que l’avortement est « toujours un drame pour les femmes ».
Interrogé sur l’actualité récente en Corse, et les propos de son ministre de l’intérieur sur une éventuelle autonomie de l’île, le chef de l’État, dont l’échec est patent sur ce dossier, s’est contenté de répéter ce qu’il avait déjà dit sur le sujet durant la campagne de 2017, puis en 2018, sans jamais aller au bout du « pacte girondin » promis à l’époque. (...)
Virage à 180 degrés opportuniste
La promesse d’une autonomie de la Corse fait partie des annonces et mesures bricolées à la dernière minute, que l’exécutif distille depuis quelques mois, à l’approche de l’élection présidentielle. Pour tenir la campagne avec le programme qu’il a présenté jeudi après-midi, Emmanuel Macron compte sans doute sur sa position de sortant qui lui offre non seulement une forme d’avantage permettant de se présenter comme le « capitaine » dans la tempête, mais aussi des leviers de l’État pour adresser des messages à l’opinion.
L’autre exemple de ce mélange des genres sous forme de virage à 180 degrés opportuniste, c’est l’annonce surprise de la revalorisation « avant l’été » du point d’indice des fonctionnaires. Pendant cinq ans, la ligne a pourtant été constante et claire sur ce dossier : l’augmentation générale des salaires des agents publics induite par le relèvement du point d’indice était à bannir au profit de mesures « ciblées ». (...)
On comprend ici que l’opération ressemble à un rideau de fumée, laissant penser que si le président sortant est réélu en avril, la situation des fonctionnaires s’améliorera. Du côté de l’inflation, ce dernier n’a pas ménagé les effets d’annonce, de la prime inflation de 100 euros cet automne à la baisse de 15 centimes au litre, la semaine dernière. Dans tous les cas, ces mesures sont cosmétiques, puisqu’elles évitent soigneusement de traiter l’essentiel du problème que pose l’inflation : celui du partage de son poids entre les salaires et les profits.
Tout se passe comme si Emmanuel Macron avait cherché, à coups d’argent public, à gagner du temps en faisant croire qu’il soutenait le pouvoir d’achat pour reporter les vraies décisions. Là encore, on est dans l’effet d’affichage électoraliste pur. Et son silence durant sa présentation sur le sujet, le plus brûlant du moment pour les ménages français, confirme cette idée.
Retraite à 65ans.
Pension de retraite mini 50€ de + au dessus du seuil de pauvreté.
Renforcement des OQTF.
Temps partiel au montant du RSA.
Fin de pole Emploi.
Doublement des flics.
Renforcement militaire.C’est pas un programme c’est le jour du jugement dernier. #Macron
— Anasse Kazib (@AnasseKazib) March 17, 2022