Fatoumata, jeune mère de famille de 32 ans, était enceinte de cinq mois en septembre dernier. Victime d’une fausse couche, elle décide d’accoucher à l’hôpital Jean-Verdier de Bondy. Une épreuve déjà difficile qui va se transformer en cauchemar pour la patiente, choquée à vie par cette expérience traumatisante à l’hôpital. Pour éveiller les consciences autour des violences gynécologiques, elle a décidé de raconter ce qu’il s’est passé.
Depuis plusieurs années, des militantes dénoncent les violences obstétricales et gynécologiques dont sont victimes les femmes au sein l’institution médicale. Les témoignages, comme celui de Fatoumata, sont nombreux ; des articles, des tribunes, des manifestations émergent également. (...)
Marie-Hélène Lahaye fait partie des celles qui luttent contre ces violences qui peuvent aller des propos malveillants ou infantilisants jusqu’au non-respect des droits des patientes. Juriste de profession, Marie-Hélène Lahaye tient depuis 2013 le blog « Marie accouche là« , qu’elle présente sur sa page d’accueil comme un lieu d’ »explorations politiques et féministes autour de la naissance ».
Elle est également l’autrice du livre Accouchement, les femmes méritent mieux paru en 2018 aux éditions Michalon. Selon elle, « les violences sexistes structurent le domaine de la gynécologie-obstétrique », de même que les violences racistes – ou homophobes.
Ghada Hatem-Gantzer est gynécologue-obstétricienne et fondatrice de la Maison des Femmes de Saint-Denis, qui accueille les femmes victimes de violences. Elle considère que les violences subies à l’hôpital ne sont pas seulement « spécifiques à l’obstétrique« , et qu’elles seraient avant tout la conséquence des « défaillances du système de santé« .
« Ce qui est terrible, c’est qu’il s’agit là d’un cumul de tout un tas de maltraitances que l’on retrouve très régulièrement. », explique Marie-Hélène Lahaye en réaction au témoignage de Fatoumata. « Une mauvaise prise en charge, un vocabulaire médical pour qualifier l’enfant qui n’est absolument pas adapté à ce que vivent les parents, une errance médicale. »
Pour la juriste, les éléments que dénonce Fatoumata à propos des violences subies à l’hôpital Jean Verdier, « ne sont pas isolés » . (...)
« Ce que ce témoignage révèle également, c’est un tabou autour de la fausse-couche. » souligne Marie-Hélène Lahaye. « La pathologisation du corps féminin, sa définition comme corps malade, est aux fondements de la discipline gynécologique. Une femme est amenée à faire en moyenne cinquante examens gynécologiques dans sa vie – alors qu’elle est en bonne santé ! Les médecins passent leurs temps à recevoir des femmes en bonne santé, mais lorsqu’il s’agit de prendre en charge un problème, on se retrouve avec ce genre de récit », ajoute la militante. (...)
Beaucoup de personnes obligées de faire des choses pour lesquelles elles n’ont pas de formation ni de temps, ce qui n’est clairement pas une source de qualité dans le travail. (...)
Et avec la crise sanitaire actuelle, elle ajoute : « Il y a des soignants malades, donc des équipes décimées, ce qui veut dire faire la même chose mais avec beaucoup moins de personnes, dans des parcours plus compliqués puisqu’il a fallu séparer le parcours le parcours Covid des parcours non-Covid. » (...)
« Les médecins sont mal formés à prendre en charge les fausses-couches par exemple ; on pourrait avoir mille médecins de plus, s’ils sont toujours aussi mal formés, le problème ne serait pas réglé. » (...)
le mouvement de libération de la parole des femmes concernant les violences gynécologiques de ces dernières années tend à mettre l’institution médicale face à ses responsabilités. (...)
davantage de militantes féministes s’emparent du sujet : « Les femmes lesbiennes dénoncent aussi l’homophobie du milieu gynécologique, la grossophobie est aussi dénoncée par les femmes qui en sont victimes… » Le militantisme auquel elle prend part commence à porter quelques fruits chez les médecins aussi : « Il y a de plus en plus de médecins qui prennent en compte les problématiques des violences médicales, et qui essaient de faire bouger les lignes. », dit-elle.
L’hôpital Jean-Verdier, où Fatoumata a accouché a répondu à nos sollicitations par un communiqué, dans lequel la direction explique qu’elle est restée en contact avec la patiente, et que l’équipe médicale tente de comprendre ce qu’il s’est passé. (...)
La dénonciation de ces violences subies par les femmes, les actions politiques qui éclosent, semblent être le moyen le plus efficace pour une prise de conscience du côté de l’institution médicale dans son ensemble afin que cessent ces pratiques de maltraitances.