L’avènement d’un néolibéralisme autoritaire consacrerait l’échec définitif de la promesse républicaine estiment, dans une tribune au « Monde », le philosophe Saïd Benmouffok, l’avocat Jean-Pierre Mignard et le juriste Béligh Nabli.
Si l’identification idéologique du macronisme demeure sujette à débat, le porte-parole du gouvernement a contribué à en révéler [le 19 avril] la matrice à travers l’expression d’une formule syncrétique – « travail, ordre, progrès » – censée guider l’action de l’exécutif.
Ce triptyque n’est rien d’autre que la devise du pouvoir en place. Or, bien qu’équivoque, celle-ci charrie une rhétorique dont la charge symbolique peut se révéler dangereuse pour la « République démocratique et sociale » (art. 1er de la Constitution) et sa devise, « liberté, égalité, fraternité ». Un danger incarné par un néolibéralisme autoritaire, dont l’avènement consacrerait l’échec définitif de la promesse républicaine.
Le principe de séparation des pouvoirs a été pensé par Locke (1632-1704) et Montesquieu (1689-1755) comme une technique institutionnelle destinée à garantir la liberté. En cela, la dérive d’un régime marqué par l’hyper-concentration du pouvoir constitue une menace pour nos libertés. Derrière la caricature de la figure du monarque républicain omniscient et omnipotent, affleure une conception pyramidale de la démocratie. (...)
La défiance du pouvoir à l’égard de la démocratie parlementaire et sociale se traduit aussi par une difficulté à concevoir le principe même de la contestation, de la critique, de la contradiction.
Les corps intermédiaires ont le sentiment d’être méprisés, tandis que les associations de défense des droits de l’homme (d’Amnesty International à la Ligue des droits de l’homme) font face à des attaques du fait même de leur fonction de contre-pouvoir. (...)
Ce nouvel ordre valorise les figures des forces de l’ordre, incarnées par le préfet et le policier, tout en fustigeant les chimères « islamo-gauchistes », « wokistes » ou « écoterroristes ». Loin d’être anecdotique, l’invocation ad nauseam de ces formules rhétoriques vise à disqualifier des citoyens réduits à des ennemis de la République, pour mieux entretenir une culture du déni des injustices. (...)