En se basant sur les résultats de la présidentielle, l’union des gauches leur permet de se qualifier dans plus de quatre circonscriptions sur cinq, quand le RN, lui, ne serait au second tour des législatives que dans 296 circonscriptions. Selon nos estimations, LR pourrait disparaître de l’Assemblée.
Maintenant que l’accord entre LFI, EELV, le PCF et le PS est acté, quelles estimations peut-on faire des résultats du premier tour des législatives ? (...)
La gauche unie "inhabituellement haute"
La "Nouvelle union populaire écologique et sociale" ou Nupes s’en sort très bien, et serait présente au second tour dans 471 circonscriptions. C’est plus que La République en marche (448 qualifications) et que le Rassemblement national qui ne serait au second tour que dans 296 circonscriptions. Loin derrière, Les Républicains et Reconquête ne seraient au second que dans une circonscription chacun : la 14e de Paris pour le parti d’Éric Zemmour, à Wallis-et-Futuna dans le cas de LR.
Dans le détail, la gauche serait la plus présente au second tour, mais aussi la plus souvent en tête au premier. Une tendance qui se confirme quelle que soit la participation au scrutin, et qui s’explique selon le sociologue et politiste Vincent Tiberj : "La gauche s’est plantée en 2017 car elle était désunie". Or les logiques différentes entre la présidentielle et les législatives "conduisent à des variations de score à gauche entre les différentes formations. Mécaniquement, si la gauche est unie, elles seront beaucoup moins fortes". (...)
"On commence à voir des choses étonnantes. C’est inhabituel de voir la gauche aussi haute dès le début d’élections législatives. Peut-être que quelque chose se joue."
Vincent Tiberj, sociologue à Sciences Po Bordeaux, à franceinfo (...)
L’abstention, clé du scrutin
Pourtant, avec trois blocs de force presque similaire à la présidentielle, on pouvait s’attendre à un nombre record de triangulaires. C’est loin d’être le cas, si l’on se tient à notre hytpothèse de départ, à savoir une participation égale à celle de 2017.
Mais nous avons aussi voulu tester deux scénarios. Dans le premier, la participation serait supérieur de dix points à celle de 2017 (soit peu ou prou la participation lors des législatives de 2012). Dans le second, on imagine que la participation gagnerait 30 points, se rapprochant ainsi du record de participation pour des législatives. Conclusion : si la participation augmente, le nombre de triangulaires est plus important, comme le montrent les deux hypothèses testées. Et cela tient au mode de scrutin très particulier des élections législatives. (...)
Si l’abstention est forte, l’option "par défaut" va s’appliquer, et qualifier les deux premiers. En revanche, si elle s’affaiblit, plus de candidats arrivés troisièmes peuvent accéder au second tour, ce qui entraîne mécaniquement plus de triangulaires. Mais, Vincent Tiberj le rappelle : en 1997, "la gauche plurielle avait gagné grâce aux triangulaires".
Quelle attitude des électorats face aux différentes options ?
Ce que révèle aussi notre analyse, c’est que ce sont les duels entre La République en marche et l’union des gauches qui pourraient être les plus importants (si la participation est proche de 2017). (...)
L’électorat populaire ouvriéro-lepéniste peut être attiré par un discours d’une gauche unie. En revanche, si le vote RN est celui de classes moyennes conservatrices anti-immigrés et anti-impôts, cela pourrait être plutôt pour Emmanuel Macron", sans oublier bien sûr la possibilité d’une abstention massive du bloc national. (...)