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le Monde
« Les femmes ont construit une présence dans les aspirations révolutionnaires du monde arabe »
Leyla Dakhli Historienne
Article mis en ligne le 29 février 2020
dernière modification le 28 février 2020

Bravant la répression, les femmes sont en première ligne dans les contestations arabes d’aujourd’hui, comme elles l’étaient déjà en 2011, luttant pour la citoyenneté mais aussi contre le patriarcat et pour l’intégrité de leur corps, analyse, dans une tribune au « Monde », l’historienne Leyla Dakhli.

C’est une jeune femme, vêtue d’un jean et d’un pull, les cheveux mi-courts, qui grimpe sur une grille et se met à haranguer la foule à Tunis, le 8 janvier 2011 ; c’est une dame d’un certain âge qui parle à un militaire à un barrage dans le centre de Beyrouth, et le houspille comme elle le ferait pour ses propres enfants, aux premiers jours de la révolution d’octobre 2019 ; c’est une femme frappée et dénudée par les forces de sécurité dans les rues du Caire, le 17 décembre 2011, et dont le soutien-gorge bleu devient le symbole des violences faites aux femmes ; ce sont les ouvrières de la société Filature et tissage d’Egypte qui se mettent en grève et sont soutenues par les jeunes révolutionnaires ; ce sont les mères qui ouvrent la série des mobilisations de rue en Libye en 2011, ces mères de milliers de prisonniers morts en détention venues se poster devant le tribunal de Benghazi avec les portraits de leurs fils ; ce sont, à l’évidence, les femmes irakiennes sorties en des dizaines de manifestations le 13 février sous le mot d’ordre « Banatek ya watan » (Tes filles, oh pays !). (...)

Elles sont sorties, parfois aussi sorties de leurs gonds. Elles ont subi, autant que les hommes, la répression. Elles se hissent, parlent haut, crient, chantent aussi. Leurs noms nous sont parfois parvenus ; parfois elles sont restées des anonymes.
Des symboles forts

Elles ont aussi organisé de grandes manifestations féminines, en Tunisie et en Egypte pour le premier 8 mars après la dictature, mais aussi avant, à Bahreïn ou en Syrie, trouvant des moyens de se rassembler sans s’exposer en organisant des manifestations à l’intérieur des maisons qu’elles filmaient soigneusement et postaient sur les réseaux, ou en affrontant directement les forces de l’ordre, munies de pierres et de cocktails Molotov. (...)

Il en est resté des symboles forts, qui construisent une histoire des femmes révolutionnaires dans le monde arabe, et des luttes paradigmatiques pour l’intégrité du corps, pour l’autonomie et pour la force.