Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
the conversation
Les mouvements sociaux peuvent-ils porter Jean-Luc Mélenchon jusqu’au second tour ?
/Olivier Salomon Doctorant en science politique, Université de Montréal
Article mis en ligne le 19 mars 2022

Au vu des derniers sondages, Jean-Luc Mélenchon semble être le seul candidat de gauche à pouvoir accéder au second tour de l’élection présidentielle. Malgré les critiques de Yannick Jadot et d’Anne Hidalgo vis-à-vis de sa position non alignée dans la guerre en Ukraine, le leader de la France Insoumise reste stable dans les enquêtes. Pour le moment, sa proposition de sortir de l’OTAN et son léger changement de ton sur le sujet n’affectent pas les intentions de vote en sa faveur.

Pour ce qui est sans doute sa dernière campagne, l’ex-socialiste, 70 ans, cherche à rassembler par le bas et à incarner la gauche des mouvements sociaux. Il se présente ainsi sous l’étiquette de l’Union Populaire, structure créée ex nihilo ayant vocation à regrouper une série d’acteurs issus de la société civile et représentatifs des causes féministes, antiracistes, sociales et écologistes.

L’objectif affiché est de « créer des passerelles » entre la politique partisane et les mouvements sociaux afin que ces derniers trouvent une « traduction politique ». Le Parlement de l’Union Populaire est présidé par Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac, et on y retrouve notamment Aymeric Caron et Alma Dufour, deux figures de la cause écologiste, Thomas Portes, ex-cheminot et syndicaliste, ou encore des intellectuels engagés tels que l’écrivaine Annie Ernaux, figure du féminisme en France.

Faut-il y voir une stratégie électorale éphémère ou une réelle voie de refondation de la gauche partisane ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais on peut déjà constater que face à la crise que traverse la gauche, les mouvements sociaux sont amenés à peser sur les partis politiques, aussi bien au niveau organisationnel que sur la ligne politique. (...)

Partis et mouvements : une séparation hermétique ?

Dans son essai Le bloc arc-en-ciel (2021), Aurélie Trouvé défend cette alliance des mouvements, syndicats, associations d’un côté et partis de l’autre : si les mouvements sont indispensables au renouvellement de la gauche, ils ne doivent pas négliger la conquête du pouvoir par les urnes. Néanmoins précise-t-elle, le parti politique ne devrait plus avoir le rôle central qu’il avait auparavant mais plutôt devenir un « instrument politique permettant de représenter, entre autres, les mouvements sociaux lors des périodes électorales mais sans hégémonie sur eux ».

À ce jour, le Parlement de l’Union Populaire n’a pas le pouvoir d’infléchir significativement la campagne de Jean-Luc Mélenchon, il l’alimente en propositions et prête main-forte sur le terrain mais c’est bien l’entourage proche du candidat qui tranche les questions stratégiques. Si alliance entre parti et mouvements il y a, elle reste asymétrique et à l’avantage du premier. (...)

Les partis politiques et les mouvements sociaux ont longtemps constitué deux univers à part, poursuivant des buts différents et fonctionnant selon des logiques propres. Mais aujourd’hui, comme l’a montré le politiste Peter Mair, les partis politiques se sont vidés de leurs militants et connaissent une véritable crise de légitimité. Les militants sont non seulement moins nombreux que par le passé, mais également plus homogènes socialement et plus âgés. Alors qu’ils faisaient autrefois le lien entre la société et les institutions étatiques, les partis fonctionnent désormais en vase clos et sont avant tout animés par des professionnels de la politique. Résultat, seulement 9 % des Français leur feraient confiance indique le dernier baromètre du CEVIPOF.
Une conjoncture favorable (...)