La loi impose aux outre-mer d’avoir une énergie entièrement d’origine renouvelable en 2030. Une gageure pour des départements ultramarins qui doivent établir leur feuille de route alors qu’ils sont très dépendants des énergies fossiles et contraints par des choix d’EDF en faveur de centrales thermiques.
Souvent oubliés quand on parle de transition électrique en France, avec un débat focalisé sur le nucléaire, les outre-mer font, pourtant, face à un paradoxe. D’un côté, les superlatifs ne manquent pas pour décrire le potentiel de ces territoires isolés, présentés comme « les fers de lance de la transition écologique », selon la formule d’Annick Girardin, ministre des Outre-mer. De l’autre, ils carburent encore massivement au charbon et au diesel.
En 2017, les énergies fossiles représentent entre 77 %, et 94 % du mix électrique de La Réunion, de la Guadeloupe, de la Martinique et de Mayotte. En Guyane, la situation est plus compliquée : sur le littoral, elles ne comptent que pour 32 % de la part d’énergie produite, du fait de l’exploitation d’un barrage hydroélectrique, mais ce chiffre ne prend pas en compte les communes de l’intérieur, situées dans la forêt amazonienne. Leurs sites ne sont pas reliés au réseau et fonctionnent en majorité au diesel. (...)
« EDF se trouve pris entre deux feux : entre le développement d’une énergie propre et l’obligation d’amortir des investissements énormes, analyse Erika Bareigts, députée PS de La Réunion et naguère ministre des Outre-mer de François Hollande. Aujourd’hui, on est en dessous de ce qui pourrait être fait. Il manque de la volonté, d’être en anticipation des besoins. » (...)
En Guyane, la première PPE prévoit la construction d’ici 2023, d’une centrale au fioul de 120 MW, couplée à 10 MW de photovoltaïque, pour 500 millions d’euros. « Cette PPE est à la limite de la légalité, elle ne cadre pas du tout avec la loi », s’insurge Jérôme Billerey. EDF considère qu’il n’y a rien de contradictoire et promeut le projet, avec l’appui de la collectivité territoriale de Guyane, qui y voit l’occasion de relancer la commande publique. (...)
Lors de la présentation de la PPE le 27 novembre, François de Rugy, ministre de la Transition écologique, a confirmé que « les centrales à charbon seront fermées d’ici 2022 ». Ce scénario de sortie des énergies fossiles n’est valable que pour les quatre sites en métropole et ne comprend pas ceux en Guadeloupe et à La Réunion. Sollicité par Reporterre, le ministère n’a pas explicité sa position pour les Outre-mer. (...)