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Le Nouvel Observateur
Les paradoxes de la révolution tunisienne à l’heure du choix
Article mis en ligne le 9 mai 2014

Il existe en Tunisie un parlement élu dans lequel, toutes nuances confondues, la gauche domine largement. Mais ce sont pourtant les islamistes, arrivés en tête, qui arrivent à former une majorité avec deux organisations de centre-gauche Ettakatol et le CPR, faute d’accord entre les forces progressistes.

Autre paradoxe, ce pays, qui a élu librement un parlement, dispose paradoxalement d’un gouvernement ne reflétant pas une majorité politique.

Si les islamistes et leurs alliés ont gouverné fort logiquement le pays suite à leur victoire aux législatives, c’est désormais un ministère technique qui dirige la Tunisie.

Une solution amenée d’un accord commun par le principal syndicat de salariés du pays, l’UGTT et l’équivalent du MEDEF local dirigé sans doute de façon plus sage que son cousin français.

Le gouvernement technique a été institué après la grave crise causée par l’assassinat de députés et de militants politiques de gauche par des tueurs accusés d’être proches des islamistes à l’époque au pouvoir. Les portraits des défunts sont d’ailleurs très présents au sein de l’Assemblée nationale constituante.

Acculés, terrifiés par l’exemple Égyptien, les islamistes ont quitté les pouvoirs. Et, libérés du poids d’avoir à gérer le pays, ils ont continué à développer une stratégie d’islamisation par le bas, sur la durée. En s’attaquant par exemple violemment à la place du Français dans le pays. Et en comptant sur l’aide, réel, de certains pays du golfe à sa cause.

Paradoxe toujours : Riche d’une société civile développée, la population a soif de débat et les bars bruissent de discussions sur la chose publique.

Pourtant, l’abstention annoncée est forte. Il est vrai qu’il est difficile de se retrouver entre la myriade de partis, pas tous pourvus d’un programme précis. Et la loi électorale, qui favorise la dispersion entre forces politiques, ne va pas arranger l’affaire. (...)

la Tunisie est à la croisée des chemins :

  • soit retomber quelque temps après la révolution, dans la torpeur et le consumérisme, s’islamiser lentement à travers l’action culturelle menée par Ennadha ;
  • soit être la démocratie vivante qu’elle arrive à être parfois magnifiquement, lorsque par exemple il n’y a pas si longtemps, le pays organisa sans accroc ses premières élections libres. Une prouesse au vu des délais et des moyens. Une prouesse qu’au vu des multiples compétences que l’on trouve un peu partout, il est tout à fait possible de pérenniser.