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Les ravages du Libéralisme marchand à l’est de l’UE
samedi 11 octobre - par De Rivas
Article mis en ligne le 20 octobre 2014
dernière modification le 12 octobre 2014

(...) Il existe un peuple européen qui était très heureux de vivre, il y a quelques années, en dehors du libéralisme marchand et qui regrette, aujourd’hui, son entrée dans l’Union Européenne qui a tout détruit en imposant des contraintes économiques de type capitaliste : il s’agit du peuple des Maramures en Roumanie. (...)

Maramures est une région dont 40 % de la surface est recouverte de forêts, certes c’est moins que les 90 % d’il y a une centaine d’années, mais c’est encore largement suffisant pour abriter une biodiversité abondante, on y trouve ainsi toute la grande faune européenne et en particuliers les trois grands prédateurs le lynx, le loup et l’ours. Cette identité et cette nature pluri-millénaires étaient encore intactes avant l’arrivée du libéralisme occidental. Mais sous l’impulsion de l’Union Européenne et du Fonds Monétaire International, on a imposé à ce peuple traditionnel de type archaïque d’évoluer en quelques années vers un modèle dit « de progrès » que les peuples de l’Europe de l’Ouest ont construit progressivement en trois quarts de siècle, le résultat est désastreux.

Les Maramureseni (habitants de Maramures) se considèrent comme descendants directs des tribus Daces qui ont su rester libres : ils ont résisté à l’invasion romaine, ils ont résisté à l’acculturation chrétienne, ils ont résisté au communisme (pas de collectivisation des terres, pas d’urbanisation forcée de leur campagne) et aujourd’hui ils sont sur le point de se faire aspirer par le libéralisme marchand. Les Maramureseni ont toujours été écologiques au sens profond du terme. Ils vivent dans un contexte naturel de temps cyclique : leurs fêtes et leurs poésies expriment un rapport à la nature très intense et leur vision du monde est beaucoup plus proche du paganisme que du christianisme (par exemple Hora, la danse du printemps et les chants associés qui sont de véritables incantations à la forêt et aux fleurs). Cette vision cyclique de l’existence, représentée par le déroulement des saisons, est complètement incompatible avec notre vision profondément structurée sur des notions de ce qu’on appelle « progrès ». On pense, à tort, que chaque jour sera mieux que le précédent et que la croissance est infinie.

Le régime matérialiste de Ceaucescu a combattu sans succès ces pratiques archaïques perçues comme un frein au développement économique et, finalement, c’est le système libéral porté par l’occident qui anéantira ces précieuses cultures ancestrales. La jeunesse ne s’intéresse plus qu’au rock ou aux manele (musique tzigane influencée par le disco, le rap, la pop et la musique turque), les danses populaires, les rites des anciens, tout est oublié ... on assiste à la désintégration d’une société traditionnelle qui bascule dans la « modernité » d’une société de consommation.

Mais de quel progrès s’agit-il ? Vers quelle modernité va ce peuple ? rien de vraiment concret, rien de vraiment profond, uniquement une frénésie de l’innovation et du changement, une sensation d’être « heureux » comme à l’ouest. Plus de repères comme avant, plus d’équilibre entre les contraires (jeunes et vieux, communauté et individu, nature et urbanisme, ...). Auparavant, la nature était respectée comme un partenaire qu’on aime et non pas comme un ennemi dont on veut profiter. Le village et ses habitants étaient en osmose avec le milieu et l’environnement.

Perdus dans ce nouveau monde qu’ils ne comprennent pas, eux les descendants des Daces, eux qui défiaient la mort comme de vrais païens (repas à la table des morts dans certains cimetières, décoration du cimetière joyeux de Sapinta,...), eux qui étaient libres se soumettent maintenant aux nouveaux protocoles orthodoxes dont les églises diffusent la messe par haut-parleurs dans les campagnes (modernité oblige).

Au niveau économique, les équilibres fragiles qui se sont établis au cours des siècles s’effondrent, on passe brutalement d’une économie locale à une économie mondialisée. On passe d’une économie de subsistance à une économie d’exportation et le produit choisi pour équilibrer la balance commerciale et rapporter des devises : c’est bien sûr le bois, très abondant dans cette région. L’exploitation devient intensive, destructrice, irresponsable. Auparavant, le bois servait uniquement à se chauffer et à fournir les matériaux pour réparer les habitations ainsi que pour la sculpture d’objets décoratifs et artisanaux. Aujourd’hui, l’état punit comme hors la loi quiconque prendra du bois dans la forêt sans autorisation et les prix deviennent tellement élevés à cause de l’économie de marché que les habitants doivent renoncer à leurs traditions.

Sur le plan écologique, c’est une catastrophe (...)