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Les sociétés de sécurité privées prospèrent à mesure que le nombre de migrants augmente
Article mis en ligne le 1er avril 2014
dernière modification le 28 mars 2014

JOHANNESBOURG, 14 mars 2014 (IRIN) - Au cours d’une émeute qui a éclaté le mois dernier dans le centre de rétention pour demandeurs d’asile situé hors du territoire australien, sur l’île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG), un migrant a trouvé la mort et plus de 70 autres ont été blessés. Cet évènement a pointé du doigt la sous-traitance de nombreux aspects de la gestion des migrants à des sociétés de sécurité privées.

Si les États ont mis en place une surveillance stricte aux frontières partout dans le monde et ont davantage recours à l’enfermement de migrants, ils se tournent progressivement vers une poignée de multinationales pour remplir des fonctions relevant jusqu’ici de la responsabilité exclusive des pouvoirs publics. Certains critiquent le recours à de telles sociétés pour la gestion des centres de détention, la surveillance aux frontières et l’expulsion des migrants. En effet, il serait ainsi extrêmement difficile d’établir une responsabilité en cas de dysfonctionnement, comme cela a été le cas dans le centre de l’île de Manus, dans la nuit du 17 février.

Les versions diffèrent quant au déroulement des faits cette nuit-là. Plusieurs enquêtes sont en cours, mais les migrants détenus ont soutenu que, lors des troubles, des employés de G4S, le groupe engagé pour diriger le centre, les ont frappés à plusieurs reprises à l’aide d’armes improvisées telles que des pierres et des barres de fer. Selon d’autres témoins, la police locale de PNG, ainsi que des autochtones énervés que l’on aurait laisSi plusieurs pays ont désormais recours à des sociétés privées pour diriger les centres de détention pour migrants, l’Australie est allée bien plus loin en 2012 en délocalisant des centres pour demandeurs d’asile dans deux autres pays. En plus du centre de l’île de Manus en PNG, dont la capacité d’accueil est de 1 100 personnes, il existe un deuxième centre de 1 200 places sur le micro État insulaire de Nauru.

Les accords que l’Australie a conclus avec la PNG et Nauru reposent sur des protocoles d’entente qui ne définissent pas clairement la question de la protection et de la surveillance des migrants en détention. Il est seulement stipulé que « les parties doivent traiter les personnes transférées avec dignité et respect, conformément aux droits de l’homme élémentaires en vigueur ».sés entrer dans l’enceinte, seraient responsables des blessures à la tête qui ont coûté la vie à Reza Berati, un demandeur d’asile iranien de 23 ans. (...)

Une autre société, Mitie Security, vient d’être choisie pour la gestion de deux centres de rétention dans l’ouest de Londres. Or, Mitie Security n’a pas respecté les recommandations de la brigade des pompiers du comté d’Oxford lui demandant d’installer des extincteurs automatiques à eau dans son centre de rétention pour migrants de Campsfield House. D’après les pompiers, cela aurait permis de contenir l’incendie qui s’était déclaré en octobre 2013.

La décision de sous-traiter à des groupes de sécurité privés a souvent pour objectif de faire des économies. Or, selon M. Miller, « rien ne prouve que la privatisation soit plus rentable, contrairement à ce que disent les groupes eux-mêmes ». (...)

Près de la moitié des 11 centres de détention pour migrants du Royaume-Uni sont gérés par des groupes privés, mais les conditions dans ces centres ne sont pas forcément pires que celles des structures gérées par l’État, a affirmé Eiri Ohtani, coordinatrice de Detention Forum – un réseau qui regroupe une trentaine d’ONG autour du problème de la détention des migrants au Royaume-Uni. Les centres sont généralement bien réglementés et encadrés, a-t-elle déclaré à IRIN. Cependant, faisant référence au cas de Jimmy Mubenga et aux accusations d’abus sexuels à Yarl’s Wood, elle a ajouté : « nous avons constaté que le gouvernement n’arrivait pas à faire le lien avec les groupes de sécurité privés en cas de dysfonctionnement au sein de ces derniers ».

En Australie, tous les centres de détention pour migrants sont aux mains de prestataires privés depuis plus d’une décennie. (...)

Pour certains défenseurs des droits des migrants, l’aspect le plus inquiétant est la manière dont la privatisation de la gestion des migrants a aggravé la criminalisation de la migration à l’échelle mondiale. Le Royaume-Uni compte actuellement près de 4 000 lits réservés aux migrants (espaces alloués dans les centres de détention), contre 200 à 300 lits il y a 15 ans. Le pays détient chaque année près de 30 000 demandeurs d’asile et de sans-papiers.

Au cours des 20 dernières années, il y a également eu une augmentation massive des migrants placés en détention aux États-Unis. Le pays dispose actuellement de 34 000 places en établissement fermé, ce qui lui coûte environ 2 milliards de dollars par an. Des sociétés de sécurité privées comme GEO Group et la Corrections Corporation of America (CCA) gèrent près de la moitié de ces places. (...)