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Loups, requins, ibis, blaireaux : un massacre sans base scientifique
Article mis en ligne le 1er octobre 2017
dernière modification le 30 septembre 2017

Loups, requins, ibis sacré, bouquetins… ces animaux sauvages subissent des phases d’abattage massif de la part des autorités. Le plus souvent sans discernement sinon pour complaire à des intérêts particuliers, explique l’auteur de cette tribune, selon lequel « réflexion et matière grise pourraient permettre d’éviter une violence inutile ».

Par leur approche mêlant éléments sociaux et écologiques contextualisés dans un territoire, les géographes peuvent apporter une vision pertinente de la question de la gestion et de la préservation de la faune sauvage en France. Or, dans notre pays, les espèces qui peuvent représenter une contrainte réelle ou exagérée pour les activités humaines font souvent l’objet d’une gestion brutale allant jusqu’à la destruction. Même des espèces protégées comme le loup, les requins ou le bouquetin subissent dans certains cas une élimination perpétuant la notion de « nuisible » censée être tombée en désuétude. Et nous pourrions aussi évoquer les cas du blaireau, du grand cormoran ou encore de l’ibis sacré, cet Africain indésirable.

Malgré les progrès réglementaires des statuts juridiques de la plupart des animaux sauvages, malgré une opinion publique globalement favorable à ces espèces, des acteurs des territoires, surtout ruraux, exercent sur les élus et les préfets une influence disproportionnée par rapport à leur poids effectif dans la société. Représentants agricoles, professionnels du tourisme ou chasseurs permettent des accommodations des lois environnementales quand ils ne les vident pas de leur substance. (...)

Ainsi, d’importants fonds publics sont mis en œuvre, en finançant une brigade d’élimination des 40 loups à tuer sur les 360 estimés en France (en 2017), alors qu’il n’existe aucune corrélation entre tirs de loups et baisse de la prédation. Au contraire, alors que l’on n’a jamais tué autant de spécimens de cette espèce « protégée », les attaques du canidé ne cessent de croître.
Pour les requins à la Réunion qui ont causé des attaques mortelles sur des usagers ne respectant pas les consignes de sécurité, l’État et les collectivités locales subventionnent à coup de millions d’euros l’élimination de requins dont la plupart ne sont pas impliqués dans les attaques sur l’homme avec fréquemment des espèces de requins non incriminés (requin-taureau, requin-marteau) voire rares, et en danger comme le grand requin blanc.
Ces gestions par la tuerie s’appuient aussi sur une négligence voire un mépris de la recherche et des connaissances scientifiques. Contrairement à ce qui s’est passé à Hawaï dans les années 1990 où la multiplication des attaques de requin a donné lieu à des programmes de recherche sans précédent, à la Réunion, les programmes scientifiques rigoureux ont été interrompus. (...)

De plus, l’appel à l’élimination de ces animaux est utilisé pour affaiblir les mesures de protection des espaces naturels. Ainsi à la Réunion, la réserve marine est accusée d’avoir attiré les requins agresseurs alors que l’appâtage pour les pêcher a probablement une plus grosse responsabilité. La réserve est un bouc émissaire, car son milieu n’est pas propice au requin-bouledogue, la principale espèce incriminée. De même pour le loup : ses détracteurs appellent souvent à étendre son élimination au cœur des Parcs nationaux, les seuls confettis de territoire français bénéficiant d’une protection spatiale relativement efficace.

Le statut de protection intégrale n’est même pas une garantie, comme l’ont subi les bouquetins du massif du Bargy, en Haute-Savoie. (...)

le sanitaire semble tout excuser, comme un loisir sanglant et inutilement cruel qu’est le déterrage du blaireau. Des passionnés bénévoles se réunissent et utilisent des races de chiens spécialisés pour forcer le ou les blaireaux dans leur terrier. Après des heures de terreur, ceux-ci finissent au bout d’une tenaille puis déchiquetés par les chiens. Ce loisir serait d’utilité publique, car le blaireau est vecteur de la tuberculose bovine. Or, l’animal est vecteur secondaire de la maladie et l’éradication locale est totalement inefficace (...)

Dans la plupart des cas cités, de la médiation, et surtout de la réflexion et de la matière grise, pourraient permettre d’éviter une violence inutile. La transition écologique de nos sociétés ne peut pas passer par une politique du fusil qui méprise une connaissance plurielle et contextualisée.