Le collectif est trop souvent synonyme de "pulsion d’homogénéité". Il n’y a pas intégration, insertion ou inclusion… Il y a hybridation
Le terme “inclusion” est utilisé de plus en plus couramment, mais qui sait que ce nom commun est dérivé du latin inclusio, qui signifiait ”emprisonnement” ? Cela renvoyait à la réclusion de l’ermite ou du moine… Or, aujourd’hui, lorsque l’on parle d’inclusion, on l’entend au sens d’intégration.
Mais qu’est-ce que cela signifie au juste ? Faire un peu de place pour ceux qui sont à l’extérieur ? Nous n’en avons pas conscience, mais cette image est terrible ! Quand un enfant naît dans une famille, est-ce vraiment d’inclusion, d’insertion ou d’intégration dont on parle ? Non ! Et pour cause : quand un enfant naît, il métamorphose tout : les rapports de force, les identités de chacun, les interactions entre les parties prenantes, les relations extérieures, les regards que l’on se porte et que l’on ne se porte pas ou encore la manière dont on se situe les uns par rapport aux autres. Il n’y a pas intégration, insertion ou inclusion… Il y a hybridation ! C’est-à-dire qu’il y a une rencontre, qui conduit chacun à sortir de soi-même. (...)
Il serait terrible de se contenter de les inclure, comme s’ils devaient se contenter de la place qu’on voudra leur laisser, en prenant à leur compte tout l’effort d’adaptation, pourvu que cela ne change rien à nos pratiques. (...)
Le collectif est trop souvent synonyme de “pulsion d’homogénéité” : autrement dit, une personne est intégrée dans la mesure où elle s’homogénéise à l’existant et ainsi coupons les pattes de tous nos moutons à cinq pattes. Au nom de la sacro-sainte “culture d’entreprise”, nous créons des clones, parce que nous ne supportons pas l’angoisse engendrée par ce qui est différent de nous. Est-ce cela “l’intelligence collective” ?
Dans son ouvrage, Masse et Puissance, l’un des plus grands penseurs européens du XXe siècle, Elias Canetti, nous explique que l’être humain redoute plus que tout au monde le contact de l’inconnu, et que toutes les distances, tous les comportements qu’il adopte sont dictés par cette phobie du contact. Le handicap de l’autre, parce qu’il sort de la norme, parce qu’il “transgresse” l’absurde case que nous nous sommes forgés, réveille cette angoisse de l’inconnu. Cessons d’avoir peur et hybridons-nous ; et ce faisant, métamorphosons nos pratiques managériales, nos organisations, nos métiers, nos recrutements, nos relations professionnelles et nos innovations ! (...)