Sur la réforme des retraites, la France, par « le caractère structurellement autoritaire de sa culture politique », continue à détonner de ses voisins où prédominent « les figures du compromis », affirme l’académicien.
(...) au lieu de regarder hypnotiquement la réforme des retraites, nous devrions regarder plus large − en nous comparant à l’étranger proche − et plus profond − en remontant à la source de nos institutions politiques. Car c’est là, dans le génie propre de notre culture politique nationale, que se niche le nœud du problème, autrement dit sa solution, autrement dit son irrésolution.
C’est que nous sommes un pays unique dans sa catégorie. Appelons cette catégorie « Europe occidentale » et partons du postulat, assez défendable, que les citoyens de ladite Europe − que l’on peut étendre sans difficulté à l’Europe du Nord, voire au-delà − ne sont quand même pas, par rapport aux Français, de purs et simples Martiens. (...)
tous ces pays ont fait le choix − pour trois d’entre eux après une violente expérience autoritaire, voire totalitaire − d’un régime essentiellement parlementaire. Entendons par là un régime où le chef de l’Etat est structurellement faible et le pouvoir exécutif en dialectique constante avec le Parlement, étant entendu qu’au sein de celui-ci le parti dominant − s’il existe − doit en permanence jouer la carte de la coalition. Il en découle une culture politique où prédominent les figures − si pas toujours la réalité − du contrat et du compromis. (...)
La France est nettement étrangère à ce mode standard. Sans aller jusqu’à parler, comme certains l’ont fait, de « monarchie républicaine », il est clair que ce cher et vieux pays, qui a inventé la démocratie autoritaire moderne (Napoléon Bonaparte) et le populisme au sens non moins moderne (l’« appel au peuple » du général Boulanger), continue à trancher sur ses voisins par le caractère structurellement autoritaire de sa culture politique : centralisée et présidentielle, unitaire et bipolarisée. Il en découle une rigidité institutionnelle qui l’apparente au chêne de la fable, environné de systèmes politiques qui tendraient plutôt vers le roseau. (...)
si l’on généralise à l’échelle du vaste monde et de la très longue durée, les grandes expériences mythiques de la démocratie (la cité d’Athènes, la République romaine…) se sont toutes terminées par leur chute et leur remplacement par des régimes d’autorité ; mais ceci − n’est-ce pas ? − est une autre histoire.