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Peu d’adhérents mais des relais puissants, que pèse vraiment le Printemps républicain ?
Article mis en ligne le 5 février 2021
dernière modification le 4 février 2021

Ils se présentent comme un mouvement citoyen, les gardiens d’une laïcité pure et sans tache. Telles des vigies de la République, ils dénoncent et pointent les dérives réelles ou supposées parmi le personnel politique, les fonctionnaires, les intellectuels et les journalistes. Omniprésents sur les réseaux sociaux, disposant de relais médiatiques bienveillants, ils distribuent bons et mauvais points, n’hésitant pas à appeler à la mise à l’index de leurs contradicteurs, inventeurs d’un nouveau délit de blasphème –le blasphème contre la République– et d’un nouveau délit d’intention –le soupçon de dérive communautaire.

Peu nombreux, s’inspirant des concepts d’hégémonie culturelle de Gramsci et de « métapolitique », les fondateurs du Printemps républicain déploient, utilisant des techniques de spin doctors, un storytelling dans l’objectif de déclencher l’émotion dans l’opinion publique afin d’imposer leur narratif et susciter l’adhésion à leur discours. En quatre ans, ils ont ainsi réussi à devenir des acteurs prépondérants du débat public, bénéficiant d’une surface médiatique sans rapport avec leur poids politique.

Pour cette enquête lancée il y a plus d’un an, une cinquantaine de témoins (anciens adhérents, sympathisants, opposants, chercheurs, acteurs de terrain, politiques, journalistes, activistes sur les réseaux sociaux...) ont accepté de nous parler du Printemps républicain, non sans difficulté –« trop polémique » pour les uns, « trop agressif » pour les autres. Nombre d’entre eux ont eu de fortes réticences à s’exprimer à découvert, réclamant d’être anonymisés par crainte de harcèlement numérique. Sollicités, les leaders du Printemps républicain n’ont pas souhaité répondre à nos questions, à l’exception de Gilles Clavreul et Denis Maillard sur certains points les concernant.

Du Parti socialiste au « ni gauche, ni droite » (...)

Le manifeste du Printemps républicain exaltant la République et la laïcité sera publié un mois plus tard dans les colonnes de l’hebdomadaire Marianne et du mensuel Causeur. Il sera signé par une centaine de personnalités : élus, intellectuels, journalistes, artistes... D’Élisabeth Badinter à l’ancienne ministre socialiste Fleur Pellerin en passant par l’ex-rédacteur en chef de la revue Le Débat Marcel Gauchet, Anne Sinclair, Zineb El Rhazoui ou encore l’acteur et humoriste François Morel. L’objectif, selon les auteurs ? Défendre face à « l’extrême droite comme l’islamisme politique », une laïcité « remise en cause de toutes parts, manipulée à des fins politiques par certains, attaquée à des fins religieuses par d’autres, ignorée de beaucoup par indifférence ».

Mais selon Mediapart, plusieurs signataires comme Olivier Faure, Emmanuel Maurel ou Guillaume Balas ont depuis « pris leurs distances », gênés par des polémiques à répétition et une certaine virulence sur les réseaux sociaux.

Le mouvement se structure autour d’une cinquantaine de convaincus venus d’horizons politiques différents, des partisans de l’intégration européenne aux défenseurs du souverainisme. Parmi eux, des cadres ou déçus du Parti socialiste, des sympathisants PS en quête de réponses et quelques intellectuels.

Malgré la –relative– diversité des profils, le Printemps républicain repose sur un noyau idéologique, issu du groupe dit de la « Gauche populaire » qui avait plaidé en 2012 pour la « reconquête » des catégories populaires en réaction à la publication d’un rapport de Terra Nova appelant la gauche à abandonner les classes laborieuses pour s’orienter vers un nouvel électorat composé des diplômés, des jeunes, des minorités et des femmes. Le mouvement est rapidement capté et digéré par le Parti socialiste, qui le transformera en 2013 en simple sous-courant interne.

Trois ans plus tard, c’est une partie des fondateurs de la Gauche populaire qu’on retrouve à la manœuvre lors de la création du PR. (...)

Ils misent sur des thèmes qu’ils analysent comme porteurs : la République, la laïcité, l’identité.

Le corpus doctrinal est fourni par Laurent Bouvet. Ancien rédacteur en chef de La Revue socialiste, il s’est fait connaître pour ses ouvrages Le Sens du peuple et L’Insécurité culturelle, mais aussi pour des positions quelque peu iconoclastes au sein de son parti, tel cet appel contre la parité femmes-hommes lancé en 2001, sur lequel quelques-uns des signataires qui se sentiront mis à l’écart parce qu’ils sont des hommes renchériront dans la revue Paroles de gauche (...)

« C’est une gauche en quête de reconnaissance et s’inquiétant pour son destin social. Une gauche qui aime bien parler du peuple, mais ne le connaît pas. »
Un ancien proche d’un des fondateurs du Printemps républicain

Ces prises de position, illustrées par un vocabulaire très imagé, expriment le sentiment d’avoir servi dans l’ombre pour être finalement floués, voire trahis. (...)

Au gouvernement, ils sont en revanche au moins deux à suivre la ligne du PR. D’abord, Jean-Michel Blanquer et son controversé « Conseil des sages de la laïcité », où siège notamment Laurent Bouvet depuis 2018. En l’honneur de l’essayiste, le ministre de l’Éducation a même organisé une « réunion privée » au sein du ministère, rue de Grenelle, en juillet 2020. Le député LREM de l’Essonne, Francis Chouat, s’en était félicité sur Twitter avant de supprimer son tweet : « Merci Jean-Michel Blanquer d’avoir organisé ce moment convivial autour de Laurent Bouvet à l’occasion de la sortie prochaine de son prochain ouvrage sur le péril identitaire. Émotion. » (...)

Autre relais très actif au sein du gouvernement, Marlène Schiappa s’est affichée à plusieurs reprises avec les fondateurs du mouvement. (...)

C’est également dans son cabinet qu’a été nommé Thomas Urdy, l’ex-adjoint à la mairie divers gauche de Trappes (Yvelines). Chargé officiellement des relations avec les élus et les collectivités, il est aussi « référent laïcité » pour tout le ministère de l’Intérieur. Ce candidat malheureux aux élections municipales de 2020, fidèle du Printemps républicain, a participé à l’organisation de plusieurs réunions du mouvement (...)

Thomas Urdy n’est pas le seul proche du PR à avoir rejoint Beauvau. Un temps porte-parole de l’organisation, Lunise Marquis vient d’être embauchée dans l’équipe de communication numérique du ministère. Marlène Schiappa a aussi pu s’appuyer sur une autre personnalité proche du Printemps républicain, Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) parti, en janvier 2021, rejoindre le comité d’éthique de la RATP. Anciennement dirigée par Gilles Clavreul et dotée d’un budget de 100 millions sur trois ans, la Dilcrah a recruté ces dernières années de nombreux proches du Printemps républicain, de l’ex-porte-parole de campagne de Manuel Valls lors des primaires socialistes et suppléante du député LREM Benjamin Griveaux à l’Assemblée nationale Élise Fajgeles à Cindy Léoni, une des premières signataires du manifeste du PR, ex-présidente de SOS Racisme, depuis nommée sous-préfète par décret présidentiel.

Enfin, Marlène Schiappa est à l’origine de la nomination au poste de secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) du préfet Christian Gravel, un intime de Gilles Clavreul et Manuel Valls. (...)