Depuis le début de l’année, environ 40 000 migrants ont été stoppés par les autorités grecques, dans la région de l’Evros, à la frontière terrestre avec la Turquie. Athènes a augmenté ses contrôles tout en accusant son voisin turc de laisser passer les exilés en Union européenne. Les ONG dénoncent elles l’opacité de ces opérations dans une zone frontalière sous contrôle exclusif de l’armée et donc interdite aux civils.
Depuis le début de l’année, environ 40 000 migrants ont été stoppés par les autorités grecques, dans la région de l’Evros, à la frontière terrestre avec la Turquie. Athènes a augmenté ses contrôles tout en accusant son voisin turc de laisser passer les exilés en Union européenne. Les ONG dénoncent elles l’opacité de ces opérations dans une zone frontalière sous contrôle exclusif de l’armée et donc interdite aux civils. (...)
À l’inverse, ils ne sont "que" 960 exilés à avoir réussi cette traversée terrestre depuis le début de l’année, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM). (...)
Le nombre de tentatives avortées est particulièrement élevé en raison du niveau bas du fleuve Evros, qui marque la frontière naturelle entre la Grèce et la Turquie.
Les autorités grecques n’ont jamais caché leur mécontentement face à la Turquie voisine, qu’elles accusent de passivité - voire de complicité dans ces passages illégaux. Takis Theodorikakos a rappelé qu’Ankara n’était "autorisée, ni à tolérer le trafic de gens désespérés, ni à les aider" dans leurs tentatives de traversée.
Signe d’un renforcement des contrôles, Athènes a annoncé début mai l’embauche de 250 garde-frontières supplémentaires pour surveiller la région de l’Evros. On compte au total environ 1 000 militaires le long des 500 km de frontière fluviale.
Le phénomène n’est pas nouveau dans la région. (...)
"Ce qu’il s’est passé à Evros en mars 2020 est désormais connu de tous. Il ne s’agissait pas d’une tentative spontanée de migrants et de réfugiés illégaux d’entrer sur le territoire grec, mais d’une opération organisée par les autorités turques, qui, en utilisant des immigrants illégaux, avaient la claire intention de violer massivement les frontières grecques", avait encore déclaré début mai le ministre de la Protection civile.
Selon la presse grecque, 143 472 personnes ont été empêchées d’entrer en Grèce entre le mois d’avril et le mois de novembre 2021, contre 98 798 personnes à la même période l’année dernière.
De leur côté, les ONG accusent les autorités grecques de "pushbacks" et d’avoir créé un no man’s land militaire où personne ne peut aider les rares migrants qui réussissent désormais à traverser. Densément boisée, la région de l’Evros, est en effet sous contrôle de l’armée, désertée par les habitants. Sans civils et sans humanitaires dans les parages, les drames ne sont pas rares. (...)
Beaucoup d’exilés meurent noyés dans le fleuve. "On ne retrouve pas tout de suite les victimes", confiait en 2021 le médecin légiste Pavlos Pavlidis travaillant à l’hôpital d’Alexandropoulis, non loin de la frontière. Et puis, l’identification des corps est parfois impossible. "L’eau abîme tout. Elle déforme les visages". Sur l’ensemble de l’année 2021, 51 corps ont été retrouvés dans la zone et amenés à l’institut médico-légal d’Alexandropoulis.
(...) Drame des migrants piégés entre les deux rives
Depuis plusieurs mois, un autre drame se joue aussi dans l’Evros : l’impossibilité pour les migrants de continuer leur route, piégés sur de minuscules îles entre les deux pays. En effet, repoussés par la Grèce et par la Turquie, des groupes d’exilés se retrouvent régulièrement coincés sur des îlots du fleuve, sans aide, ni accès à de l’eau potable ou à de la nourriture. Et ni Ankara, ni Athènes ne se pressent pour les secourir.
Les ONG dépendent des témoignages et des vidéos ou photos envoyés par les migrants eux-mêmes pour documenter ce qu’il s’y passe. (...)
Ce type de situation a été médiatisé tout au long de l’année 2021. "Depuis 2020, craignant des représailles, les Grecs [qui refoulent les exilés] ne déposent plus toujours les migrants côté turc, ils ne s’approchent plus des rives voisines, ils laissent les exilés sur ces îles entre les deux pays", expliquait Natalie Gruber à InfoMigrants, fin 2021. (...)