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Alice Coffin
Quatre représentants LGBT, zero femme, chez Arrêt sur images. Billet de rage. Avec proposition.
Article mis en ligne le 2 juillet 2018

Sur le plateau d’Arrêt sur Images consacré à la Marche des fiertés 2018, aucune femme n’était assise autour de la table. Pendant les quatre premières minutes de l’émission, une discussion s’engage à ce sujet. Voici une analyse de cette séquence et une proposition pour que de telles scènes télévisuelles ne se reproduisent plus jamais.

J’écris ce texte sous le coup de l’émotion, de la colère, de la rage. J’ai rédigé suffisamment de posts, tribunes, messages, publics ou privés, posés, argumentés, chiffrés sur ce sujet pour pouvoir me le permettre.

Arrêt sur Images, site spécialisé dans l’étude des dysfonctionnements des médias, a organisé, à l’occasion de la Marche des fiertés, une émission liée aux questions LGBT. Autour de la table, quatre invités, des représentants de l’Inter LGBT, du collectif Claq, du STRASS et de SOS Homophobie. Zero femme.

Une mauvaise pratique du journalisme
Les journalistes français font en sorte, de manière générale, que l’exercice médiatique se pratique entre hommes blancs. Mais ici c’est bien plus grave. Le genre, les questions d’inégalité de représentations entre hommes et femmes, sont au coeur des problématiques LGBT. Ne pas inviter de femme sur un plateau, lorsqu’on en parle, relève de la faute journalistique. Pas juste de sexisme, mais d’une mauvaise pratique du journalisme. Venant d’un programme qui souhaite dénoncer les travers des médias, c’est particulièrement alarmant.

Pire, l’interrogation soulevée en début d’émission par Daniel Scheidermann, le présentateur de l’émission : « Mais pourquoi est-il si difficile d’inviter des femmes ? ». Pas, « On a hésité en l’état à maintenir cette émission tant cela nous semblait problématique ». Pas, « On est manifestement incapable de faire le métier de journaliste correctement ».

Toujours la faute des femmes
A cette benoîte interrogation, il sera répondu, en gros, que c’est de la faute des femmes. Car elles auraient bien été conviées mais n’étaient pas disponibles ou ne se sentaient pas légitimes. Est ce qu’au moins quatre lesbiennes ont été contactées ? Est ce qu’au moins quatre femmes bi ont été contactées ? Est ce qu’au moins quatre femmes trans ont été contactées ? Ou est ce que c’est juste pour les gays qu’on passe quatre coups de fil ?

Une information, puisqu’il s’agit de journalisme, je n’ai personnellement pas été conviée. Lorsque je suis invitée sur un plateau et que ne peux m’y rendre, comme cela aurait été le cas cette fois, je trouve toujours une autre lesbienne, une autre femme pour y aller à ma place. (...)

Venons-en à nos quatre invités. Aucun d’entre eux n’a jugé bon de décliner cette invitation, ou de faire en sorte qu’une de leurs camarades militantes vienne parler à leur place. Ils sont, pour certains, coutumiers du fait. (...)

Lutter contre les LGBTphobies en contribuant à perpétuer les discriminations de genre, c’est jouer les pompiers pyromanes.

Alors que faut-il faire, pas pour qu’ils comprennent parce qu’ils ont très bien compris, mais pour qu’ils agissent ? Je propose une campagne. Que toutes les organisations LGBT et leurs représentants répondent publiquement à cette question : « En tant qu’association LGBTI, continuerez-vous à perpétuer le système sexiste de la société, premier facteur de l’homophobie, en laissant les hommes de vos associations se rendre sur des plateaux à prédominance masculine et en laissant des hommes répondre à des questions sur la PMA ? ». D’avance, merci de vous prononcer.