La présidentielle américaine du 3 novembre 2020 a enregistré le plus fort taux de participation depuis 120 ans. Plus de 80 millions d’électeurs ont choisi Joe Biden, tandis que Donald Trump a recueilli 74 millions des suffrages. Dans l’histoire des États-Unis, ce sont les responsables politiques qui ont engrangé le plus grand nombre de voix.
On a d’abord pensé que la pandémie actuelle, associée aux premières allégations du président Trump à propos de fraudes à venir, freinerait les ardeurs des Américains. Il n’en fut rien : 67% de l’électorat se sont rendus dans les bureaux de vote ou ont voté par correspondance.
(...) Autre fait surprenant : 74 millions d’Américains ont voté Trump, soit 10 millions de plus qu’en 2016. Surprenant tant à l’égard de la longue liste de sujets qui les ont laissés indifférents que des préoccupations fondamentales qui les ont poussés à soutenir Trump.
Cela ne les a pas dérangés de voter pour un président qui ment comme il respire et se voit régulièrement dénoncé pour cela. Le mensonge compulsif ne devrait-il pas suffire à faire battre un candidat dans les urnes ? Soixante-quatorze millions d’Américains ne sont pas de cet avis.
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Le vote féminin en dépit du pire sexisme
Le fait que vingt-six femmes aient osé accuser publiquement Donald Trump d’inconduite sexuelle, y compris de viol dans certains cas, ne devrait-il pas suffire à lui faire perdre les voix des femmes ?
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Le fait que deux séries de documents d’une certaine importance restent secrètes –les déclarations de revenus du président et sa politique sanitaire– ne gêne pas non plus les 74 millions de trumpistes. Que cache la situation fiscale de Trump pour qu’il se soit tant démené afin de la soustraire au droit de regard du public ? Les électeurs ne devraient-ils pas avoir connaissance des obligations financières du président et à l’égard de qui ? Si le président se livre à l’évasion fiscale, ne devrait-on pas le savoir ?
S’agissant du projet d’assurance maladie de Trump, il n’est toujours pas connu.
Le président a indiqué clairement son intention de détricoter l’Obamacare. Il a répété qu’il remplacerait ce système par « quelque chose de bien meilleur ». Les collaborateurs du président ont certes présenté une série de documents en forme de pavé déroutant, mais jusqu’ici, on ignore encore les détails de ce « quelque chose de meilleur ». Une chose est sûre, abroger l’Obamacare sans le remplacer sera très préjudiciable à beaucoup de monde, y compris bien sûr à des millions d’électeurs de Donald Trump. Alors, soit ces personnes l’ignorent, soit elles pensent que c’est une fake news, soit elles s’en moquent.
Les raisons de l’inaptitude de Donald Trump à diriger son pays quatre ans de plus sont nombreuses.
(...) L’insaisissable soutien inconditionnel à Trump
Mais alors, quelles sont leurs véritables préoccupations ? Quel est le moteur de leur soutien si inconditionnel à Donald Trump ? Leurs motivations sont nombreuses et vont des considérations matérielles (« N’augmentez pas mes impôts ») aux réactions fort émotionnelles (« Trump comprend ce que je ressens »). Du positif (« Rendons sa grandeur à l’Amérique ») au négatif (« Si Biden gagne, les Afro-Américains envahiront les banlieues »). De la défense de certains droits (« Celui d’être armé ») à la défense de certaines valeurs (« Je suis contre l’avortement »). De l’arrêt de l’immigration clandestine (« Un grand et magnifique mur ») à l’opposition à la mondialisation économique (« La Chine et le Mexique nous piquent nos boulots »).
La sociologie des 74 millions personnes dont nous parlons est aussi diversifiée que déconcertante. Donald Trump s’est adjugé d’importants pourcentages de votes chez les Hispaniques, les populations rurales, les hommes blancs n’ayant pas fait d’études supérieures, les groupes évangéliques, les hommes d’affaires, les ouvriers et de nombreux autres groupes. Par ailleurs, la « géographie économique » des pro-Trump est tout aussi frappante.
(...) En outre, nous ne savons toujours pas quels sont les véritables facteurs de ce soutien inconditionnel à Donald Trump, ce qui est confirmé par le fait que les instituts de sondage ont été incapables de prévoir le comportement électoral de ces 74 millions de personnes.
Nous avons quatre ans pour découvrir tout cela.