En introduction, « A contre-vagues », Christine Bard discute, entre autres, de l’opposition des hommes à l’émancipation des femmes, d’Un siècle d’antiféminisme (1999), du colloque interdisciplinaire de mars 2017 dont est issu ce livre, de l’histoire des antiféminismes français, des redéploiements contemporains face à la mixité ou à la « démocratie sexuelle », du versant masculiniste, des associations de pères divorcés…
L’antiféminisme est un contre-mouvement de pensée et d’action s’opposant au féminisme, à l’aspiration à l’émancipation des femmes, à l’action des femmes pour abolir le système d’oppression et d’exploitation.
Le masculinisme, les défenseurs du système de domination, « Nous identifions dans cet ouvrage le masculinisme comme un mouvement social qui se constitue en Occident à partir des années 1980 pour défendre les « droits des hommes » dans une société qu’ils estiment désormais dominée par les femmes, la symétrisation des situations et des luttes…
L’autrice souligne les nécessaires pluriels, les féminismes et les masculinismes sont multiples. Il importe de distinguer les « registres d’opposition » et d’historiciser les antiféminismes.
Christine Bard aborde, entre autres, le « prêt-à-penser » de la domination patriarcale, la plasticité de l’antiféminisme, les thèmes et leurs histoires, les mythes et leurs expressions, les insultes comme « féminazie » ou « gaystapo », les détournements des discours féministes, la banalisation de la violence verbale la plus extrême, l’« intersectionnalité » des haines, « Cette haine antiféministe est justifiée par la conviction de vivre une guerre de légitime défense », l’idée centrale de décadence ou de déclin de l’« Occident », le déni des oppressions et l’accusation de victimisation des femmes, les organisations mixtes ou non de ces antiféminismes militants et leurs histoires, la vague de création de mouvements de la « condition paternelle », le harcèlement « via des trolls injurieux, généralement à caractère sexuel », le cyber-antiféminisme, les réseaux de « célibataires involontaires », les femmes dans l’opposition au féminisme et leur histoire (...)
L’autrice utilise les termes de « guerre curative » et de « guerre préventive ». « Pourtant, l’attention à la chronologie de masculinisme nous montre qu’il est aussi une guerre préventive et qu’il agit par anticipation, sur la base d’une prévisibilité assez grande des positions adverses qui s’inscrivent dans une logique politique, dans une vision du monde déjà connue ». (...)
« La montée de la xénophobie et des thématiques anti-islam et anti-réfugiés joue sur la peur de perdre des acquis sociaux, de voir se dénaturer le mode de vie « occidental ». Et là l’antiféminisme fait une pirouette. Il ne s’agit plus de s’alarmer d’un féminisme qui serait allé trop loin ou de décréter le féminisme inutile, l’égalité étant déjà plus que réalisée, mais d’utiliser la cause des femmes contre l’ennemi »… (...)