Le directeur de recherche au CNRS, coauteur d’une étude comparée inédite, estime, dans un entretien au « Monde », que les organismes de contrôle externe de la police, apparemment indépendants, pâtissent encore souvent d’une étroite sujétion au pouvoir politique.
Le bilan du maintien de l’ordre ne peut qu’être sévère pour les autorités. BAC [brigades anticriminalité] et BRAV-M [brigades de répression de l’action violente motorisées] sont de retour avec des matraquages – dont certains au sol – de l’ordre de la punition, sans lien avec des arrestations. Elles s’additionnent aux interpellations violentes, à l’usage de gaz dans des groupes nassés, des grenades contre des groupes paisibles et de tirs de LBD [lanceurs de balles de défense] dans le dos. Si on ajoute à cela l’humiliation des groupes agenouillés face à un mur, les détentions dans les bus, on ne peut qu’être choqué. Cela ne présente aucun bénéfice pour la tranquillité publique, et les personnes en garde à vue sont relâchées car on ne peut rien leur reprocher. C’est un gâchis de moyens. (...)
Avec la crise de rue née de l’accouchement au forceps de la réforme les retraites, on doit constater que le ministère de l’intérieur n’a rien appris, et que les mêmes recettes inefficaces sont mises en œuvre. Pis, le schéma national du maintien de l’ordre établi fin 2021, censé codifier la bonne police, est foulé aux pieds. (...)
Pour être condamné pour violence, il faut être identifié individuellement. Or, souvent les fonctionnaires ne portent pas de manière visible le RIO, leur numéro d’identification [dont le port est obligatoire depuis 2014 pour policiers et gendarmes]. La hiérarchie trouve probablement plus confortable de ne pas imposer le port de ce numéro et ne sanctionne pas son absence. (...)
Les vidéos aident un peu à faire surgir la vérité, mais le système d’enquête reste sur le modèle d’il y a un siècle : des policiers enquêtent sur des policiers. C’est un biais qui empêche la sincérité de la recherche des responsabilités. Il est plus que temps de corriger cette grave lacune. (...)