Au sein de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), mais aussi dans les milieux associatifs, au Sénat et à l’Assemblée nationale, on s’interroge : pourquoi supprimer un organisme qui, en dix-huit ans d’existence, a prouvé son efficacité malgré un budget n’excédant pas les 500.000 euros ? Pourquoi réduire son personnel déjà peu étoffé pour le faire passer de 14 à 9 membres, alors que les 3 000 signalements de mouvements sectaires recensés l’année dernière traduisent une hausse de 23 % par rapport à 2017 ?
la Miviludes est plus indispensable que jamais. Son existence paraît néanmoins sérieusement compromise.
Ces dernières semaines, une série de réunions au ministère de l’Intérieur – où sera versée cette Miviludes diminuée, a permis d’en savoir plus sur son avenir : « Personne n’a prévu quoi que ce soit pour notre déménagement » (...)
« Jusqu’ici, les victimes des sectes venaient en toute confiance, on pouvait s’isoler pour échanger, et ils n’avaient pas à remplir toutes les procédures d’identification propres au ministère de l’Intérieur. La nouvelle organisation va en décourager beaucoup. »
Site Internet bientôt supprimé
Plus étonnant encore, le site internet de la Miviludes serait également condamné. « Sans site dédié, plus de visibilité », résume un proche de cette structure. « Sur Google, la Miviludes est très bien référencée. La plupart des victimes nous contactent par ce biais », témoigne un proche de l’institution. Mais la nouvelle qui a créé le plus de remous est la destruction programmée de vingt-trois années d’archives. Une documentation ô combien précieuse, ultra-sensible et utile par exemple aux policiers spécialisés dans la lutte antisecte : « Pour nous, c’est une source irremplaçable qui concentre un nombre colossal d’informations », témoigne l’un d’eux. « Quand je suis amené à enquêter sur un individu ou une organisation, je commence par examiner les archives de la Miviludes. On perd des décennies de travail, c’est tout simplement honteux. »
À l’heure où l’Église de scientologie s’implante de plus en plus fortement en France, il est en effet nécessaire de plonger dans ces archives (...)
on efface l’histoire », s’indigne un proche de la Miviludes. « On a un savoir-faire, mais pas de faire-savoir », regrette-t-il.
S’il est en effet fréquent que le ministère de l’Intérieur communique sur les attentats terroristes déjoués grâce à l’action de ses services, rien n’est dit sur les massacres évités grâce à la Miviludes. (...)
Le drame du Vercors -ces seize Français immolés par le feu, en 1995, sur un total de 74 victimes dénombrées en Suisse et au Canada, avait poussé le gouvernement à créer en 1997 la Mission interministérielle de lutte contre les sectes, devenue Miviludes en 2002.
"Infiltration au sein de l’Etat"
Chez les acteurs de ce combat, la question revient avec insistance : « Pourquoi dissoudre la Miviludes ? » Selon un policier qui travaille sur le sujet, « il y a probablement une infiltration au sein de l’État. » L’anthroposophie est par exemple présentée comme bien introduite. (...)
Fin connaisseur de cette mouvance à laquelle l’émission Complément d’Enquête vient de consacrer un reportage, le journaliste Olivier Hertel explique à Marianne : « L’anthroposophie dispose de moyens importants et de relais bien placés. Elle est présente dans l’éducation avec ses écoles et dans de nombreux secteurs de l’économie, y compris la santé, où il vend un médicament à base de gui dans le traitement du cancer. »
Bien qu’aucune étude scientifique sérieuse n’ait jamais prouvé l’efficacité du produit, la Miviludes avait été condamnée en avril 2018 par le tribunal administratif de Paris pour avoir mentionné dans son guide « santé et risques sectaires » la « médecine anthroposophique », évoquant sa « dangerosité potentielle » et des docteurs qui engrangent des « revenus très confortables. » Si la Miviludes entendait faire appel, celle-ci avait été stoppée dans son élan. En février dernier, Serge Blisko, ex-président de la Miviludes, admettait dans un courrier électronique : « Sur les conseils du cabinet du Premier ministre [Édouard Philippe, NDLR], nous devons rester en stand-by sur cette question. » (...)