Et si nos ancêtres féminines avaient peint Lascaux, chassé des bisons, taillé des outils ? En calquant sur leur objet d’étude le modèle patriarcal et son ordre divin, les premiers préhistoriens ont construit des mythes infériorisant les femmes. La démarche scientifique conduit à prendre des distances avec ces présupposés pour reconsidérer le rôle du « deuxième sexe » dans l’évolution humaine.
Aucun argument archéologique ne conforte l’hypothèse qu’au paléolithique les femmes avaient un statut social inférieur à celui des hommes. Des archéologues, se fondant sur l’abondance des représentations féminines, suggèrent même qu’étant au centre des croyances elles avaient une position élevée dans ces sociétés. Ce qui semble se vérifier pour au moins certaines d’entre elles, mais était-ce uniquement pour cette raison ? D’autres chercheurs soutiennent que, dans ces temps reculés, les sociétés étaient matrilinéaires, voire matriarcales.
Il existe souvent une confusion entre société matriarcale — dans laquelle les femmes détiennent l’autorité sociale et juridique — et société matrilinéaire — système de parenté reposant sur la filiation par la mère. Le terme « matriarcat » sous-entend une domination féminine, comme l’indique son étymologie (du grec arkhein, « diriger », « commander »). Si une hiérarchie fondée sur la femelle dominante et sa descendance a été observée chez plusieurs espèces animales, en particulier chez nos proches cousins les bonobos, et si les Na, peuple d’origine tibétaine des vallées reculées du Yunnan en Chine, étaient encore une société matriarcale dans les années 1990. le matriarcat a aujourd’hui disparu. En revanche, de nombreuses sociétés, sur tous les continents, ont été matrilinéaires et certaines le sont encore. (...)
Pour beaucoup d’auteurs, le « matriarcat originel » ne serait qu’un mythe ; pour d’autres, il aurait existé jusqu’à l’apparition du patriarcat au cours du néolithique. (...)