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Surplombant les politiques, le lourd et discret poids des multinationales
Article mis en ligne le 1er mai 2017
dernière modification le 27 avril 2017

L’élection présidentielle ne répond pas à l’agenda social et écologique des citoyens, selon les auteurs de cette tribune. Qui expliquent qu’il faut réduire le rôle joué par les multinationales, en particulier dans le domaine de l’eau.

Quelle que soit l’issue de la séquence électorale chaotique que nous vivons, il faut penser, se préparer à l’après. De ce point de vue, ce qui va compter, c’est comment nous, les citoyen-nes, les associations, la société civile, nous allons considérer le résultat de la présidentielle (et des législatives). Si on pense que la France est devenue réactionnaire ou que les aspirations écologistes, sociales et démocratiques ont disparu, ce sera effectivement la catastrophe. Ou au contraire, si on veut bien regarder au-delà d’un résultat électoral, fût-il déplorable, et si nous retrouvons ensemble le chemin de la réflexion et de l’action collective, au-delà de nos votes ou de nos refus de votes, tout reste possible.
La culture militante et médiatique dominante survalorise le rôle des élections et des formations politiques et a du mal à prendre en compte les nouveaux acteurs politiques à part entière que sont d’un côté, les multinationales, et de l’autre, le mouvement écologiste et citoyen.

Ainsi dénonce-t-on de plus en plus souvent des élus corrompus, et il faut s’en réjouir, mais beaucoup plus rarement leurs corrupteurs qui se situent dans le monde économique. La seule exception notable se trouve dans le domaine de l’eau, avec l’affaire Carignon, qui avait vu condamner en 1995 à la fois un maire et le dirigeant d’une entreprise.

Les entreprises influencent les décisions politiques (...)

Si on veut un jour réduire le poids de la finance sur nos vies, il faut de nouvelles lois pour limiter le lobbying des entreprises et l’emprise des groupes économiques sur les médias, à l’instar de l’intéressante réflexion proposée par Benoît Hamon à ce sujet. Il y a besoin également de lois qui ciblent les comportements délictueux des entreprises. Ainsi, nous avons fait condamner quinze fois des entreprises pour des coupures d’eau, dont cinq fois la seule Veolia, qui a été aussi condamnée plusieurs fois à l’initiative d’autres associations comme le Collectif des usagers de l’eau du Grand Avignon.
Nous avons eu gain de cause, des tribunaux d’instance au Conseil constitutionnel. Mais cela pose quand même question : comment une entreprise peut-elle réitérer le même délit après avoir été condamnée à de multiples reprises ? Parfois dans la même ville, comme à Toulon, où Veolia a déjà été deux fois condamnée pour coupure d’eau ! Il y a un double jeu entre la personne physique et la personne morale, comme l’explique l’anthropologue et sociologue Paul Jorion dans son livre Le dernier qui s’en va éteint la lumière. L’entreprise qui récidive mérite une sanction dissuasive comme, par exemple, une interdiction d’accès aux marchés publics… (...)

Pervertir le droit à son propre profit

Et de façon réciproque, il faut développer une législation qui protège les associations et les défenseurs des droits, de plus en plus fréquemment trainés devant les tribunaux par des multinationales qui essaient ainsi de les détourner de leur action et de les faire taire. C’est ce qui arrive d’ailleurs à la Coordination eau Île-de-France et à la Fondation France libertés, qui sont poursuivies par Veolia pour diffamation. Le mouvement écologiste est confronté depuis plus longtemps à ces pratiques aux États-Unis et au Canada. Et des lois pour interdire ces « poursuites-baillons » ont vu le jour dans plusieurs États.

En amont encore, il faut sans doute réfléchir à des lois économiques plus fondamentales (...)

Toutes ces propositions constituent un agenda citoyen plus politique et sans doute plus efficace que les questions mises en avant à l’occasion des élections. Le social, l’écologie, la citoyenneté n’ont pas disparu des cœurs et des têtes : ils n’ont tout simplement pas pu s’exprimer dans le cadre corseté de nos institutions. Ce qui en dit plus long sur la crise de la politique et de la Ve République que sur la force ou la faiblesse de nos aspirations.

Cela nous entraîne aussi dans une réflexion de fond sur ce qu’est une multinationale aujourd’hui. Il s’agit de comprendre la nature de son pouvoir et les moyens de le combattre réellement. (...)