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le blog de Superno
Tous les Bretons ne portent pas de bonnet rouge
Article mis en ligne le 11 novembre 2013

J’ai écrit le billet précédent à chaud, sous le coup d’une colère noire. C’était au début de la révolte des “bonnets rouges”, lorsque la presse se faisait écho d’un espèce de mouvement unanime des Bretons, tous coiffés d’un bonnet rouge fabriqué sur leurs terres (qu’ils gardaient précieusement dans leur grenier depuis la révolte de leurs ancêtres en 1675) qui se soulevaient face un acharnement fiscal insupportable matérialisé par la fameuse écotaxe, qui provoquait la chute en série de nombreuses entreprises bretonnes.

Ce billet a eu un gros succès, inédit depuis que Marianne m’a laissé tomber comme une merde. C’est même la première fois qu’il tourne autant sur Facebook. Sans doute avais-je vu juste, notamment sur le fait que tous les Bretons ne se reconnaissent pas dans ce fatras. Même s’il n’y a pas besoin d’être breton pour comprendre la détresse et la colère de salariés qui vont se faire virer.

Sans avoir tous les éléments, il était déjà clair que rien ne collait là-dedans. Et que, la fumée des incendies de portiques se dissipant, on commence à mieux comprendre la situation. Ultime humiliation : même les bonnets utilisés par les manifestants de Quimper ne venaient pas de Bretagne. Pas de Tunisie non-plus, comme pourtant la majorité de la production d’Armor Lux, mais… d’Ecosse. Pitoyable.

Un petit “détail”, pour commencer. Les bonnets rouges font de la récup à caractère “communautariste”, de manière insupportable. “Les Bretons” ceci, “les Bretons” cela, “les Bretons” ne se laisseront pas faire, “les Bretons” ont décidé de, “les Bretons” lancent un ultimatum…

Au risque de me répéter, les Bretons, même s’ils sont attachés à leur région (comme je le suis moi-même), ne sont pas taillés dans un monolithe de granit, ils sont aptes à penser de manière autonome, et en particulier ils ne sont pas tous d’accord avec la mentalité, le comportement et les revendications des “bonnets rouges”.

Et il est toujours salutaire de se repasser périodiquement “La ballade des gens qui sont nés quelque part” de Brassens. C’est de la bonne prophylaxie contre la maladie du bonnet rouge. (...)

Malheureusement pour eux, les chiffres sont accablants, et réfutent leur théorie : même si des usines ferment en ce moment en Bretagne, ce n’est hélas pas très différent de ce qui se passe un peu partout, et même “moins pire”. Tant le nombre de chômeurs que le salaire moyen ou le nombre d’habitants sous le seuil de pauvreté sont moins mauvais que la moyenne nationale. L’actualité immédiate le rappelle : Fagor, La Redoute, Goodyear ne sont pas en Bretagne. Des licenciements se produisent partout, à une moyenne de 1000 par jour depuis des années, et ce ne sont pas les rodomontades incantatoires et la méthode Coué de Hollandréou qui peuvent changer le constat : la “crise” (je mets des guillemets car le mot est impropre : une crise est par essence passagère, et ce n’est pas le cas ici !) frappe partout, et même s’il y a des particularités bretonnes (l’agriculture productiviste, les subventions…) la Bretagne n’échappe pas au sort commun.

Le directeur de Marianne, Maurice Szafran, a écrit un billet au titre racoleur : “Et voilà que Mélenchon insulte les Bretons”. Passons sur la compétence dans ce domaine de Maurice Szafran, qui ressemble davantage à un Parigot du XVIe, banquier ou marchand de biens qu’à un Breton planteur d’artichauts ou trucideur de gorets. Mais de surcroît il se trompe. D’abord sur ce coup-là, Mélenchon n’insulte pas, il ne dit que ce que je dis moi-même, et qui est hélas assez proche de la vérité. Qui en l’occurrence blesse, mais c’est ainsi. Ensuite, il ne s’agit pas “des Bretons”, mais de “certains Bretons”, représentants ou idiots utiles du MEDEF et des syndicats agricoles productivistes, industriels en production de merde de masse. (...)