La prévention vise avant tout les jeunes filles. Mais c’est en éduquant mieux les garçons qu’on en finira avec les violences sexuelles.
L’actualité de ces dernières semaines m’a beaucoup fait réfléchir, en tant que femme et en tant que mère. Plusieurs souvenirs difficiles sont remontés à la surface : celles d’entre nous qui n’ont pas subi de viol ou d’agression sexuelle ont tout de même fait l’expérience de situations à risque ou de mauvaises rencontres. En écoutant le témoignage de Christine Blasey Ford, j’ai pensé à ma fille de 4 ans et à la manière dont je pouvais lui apprendre à survivre dans ce monde misogyne.
Toutefois, face aux vociférations de Kavanaugh et de Trump, j’ai surtout pensé à mon fils de 7 ans : que pouvais-je faire pour qu’il devienne un homme respectueux d’autrui ? Un homme qui n’agressera pas les femmes, avant toute chose, mais qui ne fera pas non plus de plaisanteries libidineuses, qui ne mettra pas de mains aux fesses, qui ne se moquera pas des victimes... Bref, qui ne traitera pas les femmes comme des êtres inférieurs ?
Certains protocoles de prévention en milieu scolaire et universitaire ne s’adressent qu’aux femmes. Faut-il souligner le ridicule de la situation ? Les individus les mieux placés pour prévenir les agressions sexuelles ne sont-ils pas avant tout ceux qui commettent la plupart d’entre elles ?
C’est mon analyse. Une analyse partagée par de nombreux spécialistes de la violence sexuelle, qui comprennent les dynamiques sociales et émotionnelles qui alimentent cette violence. Fort heureusement, leurs travaux montrent que les parents ont de nombreux outils à leurs dispositions –même vis-à-vis des jeunes garçons– pour encourager le respect et l’empathie envers les femmes, et réduire les risques ultérieurs de violence sexuelle. Et la plupart de ces méthodes peuvent être utilisées sans prononcer une seule fois le mot « sexe ». (...)
Méthode n°1 : Faites en sorte que vos fils puissent ressentir et parler de leurs émotions aussi facilement que possible (...)
Il peut sembler gênant d’avoir une discussion sur les émotions avec son fils, mais un nombre croissant de recherches montrent que les hommes qui ressentent le besoin de refouler leurs émotions sont plus susceptibles de devenir violents à l’âge adulte. Chez l’homme, un mauvais contrôle des émotions conduirait aussi à des consommations excessives de drogues (qui sont également –et indépendamment– liées aux violences sexuelles). (...)
Méthode n°2 : Apprenez à vos enfants à fixer les limites de leur espace personnel et à respecter celles d’autrui(...)
Méthode n°3 : Enseigner les comportements respectueux par l’exemple, et échanger régulièrement avec ses enfants à ce sujet (...)
« Les enfants font généralement bien plus attention à ce que vous faites qu’à ce que vous dites », assure Mark Van Ryzin, chercheur en psychologie de l’éducation (Université de l’Oregon). Les garçons tirent de nombreux enseignements de la manière dont leur père traite leur mère, et de la façon dont les conflits sont résolus au sein de la famille. (...)
Aujourd’hui, la pluie des exemples à ne pas suivre semble ne pas vouloir s’arrêter. Autant nous en emparer pour offrir une meilleure éducation à la nouvelle génération.