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France Culture
Trop de fonctionnaires : une obsession
Article mis en ligne le 17 octobre 2021
dernière modification le 16 octobre 2021

De Saint-Just à Macron, la conviction que l’État emploie trop de fonctionnaires est répandue aux différentes époques de notre vie collective. En compagnie d’Émilien Ruiz, nous nous penchons ce matin sur l’histoire et le regard porté sur les fonctionnaires depuis plus de deux siècles.

Il n’est pas besoin de solliciter une mémoire lointaine pour le constater : chaque moment électoral majeur de notre vie publique fait resurgir la même antienne dans la bouche des divers candidats. « Il y a, chose déplorable, chose insupportable, trop de fonctionnaires en France ».

Et comme cette affirmation péremptoire est généralement contredite, simultanément, par l’appel haut et fort au développement de toutes sortes d’activité régaliennes qui seraient insuffisamment assurées, on ne peut pas se départir de l’idée qu’on rencontre là une sorte de mantra, de passage obligé pour tout programme démocratique affiché.

Il s’agira moins, ce matin, de prendre parti sur la pertinence d’une conviction qu’on voit répandue constamment aux différentes époques de notre vie collective, depuis deux siècles au moins, que de s’interroger sur les motifs de sa permanence.

Ce qui conduira, plus largement, aux rivages d’une très abondante littérature de dénonciation des fonctionnaires de tout poil. Romanciers, dramaturges, publicistes, pamphlétaires s’en sont donné à cœur joie, avec une jubilation souvent roborative, mais en faisant litière de toute objectivité sur ce que la nation exige des agents de l’État et sur ce qu’ils lui apportent. Tandis qu’en arrière-plan de ces ironies se rencontre généralement une pensée dite libérale (au sens anglo-saxon du mot) qui dénonce l’action des pouvoirs publics destinée à réguler, au profit de l’intérêt général, les dévergondages du tout-au-marché.

Donc, comme toujours, les représentations et leurs ressorts cachés méritent d’être considérés au moins autant que les faits auxquels elles s’attachent. Et telle est bien la conviction d’Émilien Ruiz, professeur assistant à Sciences Po, une conviction qu’exprime le livre excellent qu’il vient de publier sur ce sujet. Il y propose analyse et interprétation de ce qu’il appelle une « obsession française ». (...)