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Un racisme qui vient d’en haut
Article mis en ligne le 17 novembre 2013
dernière modification le 13 novembre 2013

Les lignes qui suivent sont extraites du Dictionnaire de la lepénisation des esprits, paru en 1998, puis réédité en mai 2002 aux Éditions L’esprit frappeur. C’est avec une profonde tristesse que nous constatons, plus de dix ans après, que non seulement il n’a pas perdu de sa pertinence, mais qu’il est en un sens encore plus vrai aujourd’hui, alors que les agressions et discriminations racistes se multiplient, que la persécution des roms et des sans-papiers se poursuit à haute intensité, et que la parole publique ordurière se décomplexe toujours plus... Nous vous laissons juges de l’actualité de cette analyse - et, il faut le craindre, de son avenir, tant il est vrai que l’histoire, quand on refuse d’en tirer des leçons, tend à se répéter.

Le schéma est ancien, hérité de Platon : il y aurait d’un côté la plèbe, « bas-ventre » du corps social, de l’autre les philosophes-rois qui en forment la tête. Par exemple, les partisans des politiques d’immigration menées depuis vingt ans ne cessent d’afficher leur « raison » et d’invoquer les « émotions » et les « peurs des Français ». Ils se disent « à l’écoute » des « émotions populaires » – la formule, glaciale, est de Lionel Jospin – dans le but de les contenir. Ils affirment enfin qu’être sourd aux « inquiétudes » et aux « demandes de fermeté » de « l’opinion », c’est « faire le jeu du Front National ». À ces discours rebattus, il faut opposer une toute autre hypothèse : et si le racisme venait d’en haut ? Et si la demande xénophobe était produite par les « réponses raisonnables » des élites ?

Les résultats électoraux confirment cette hypothèse : les régions les plus touchées par le vote FN ne sont pas celles où il y a le plus d’immigrés ou d’étrangers, mais souvent celles où les élus ont rivalisé de démagogie et de xénophobie avec le FN.

Au cours des années 1980 et 1990 notamment, il est devenu de plus en plus fréquent de rendre les étrangers responsables du chômage, de la délinquance et des déficits publics, de prophétiser l’invasion, la fin de la République ou le « choc des cultures », de fantasmer sur l’Afrique, la polygamie, le foulard islamique ou les « banlieues-ghettos », et de défendre « l’identité nationale », le « droit du sang » ou la « préférence nationale ». Ce sont des Présidents de la République et des Premiers Ministres, toutes tendances confondues, qui ont appelé à « remplacer la main d’oeuvre immigrée par une main d’oeuvre nationale », et qui ont parlé d’« invasion », de « seuil de tolérance dépassé », d’« overdose d’immigrés » ou de « bonnes questions du Front National ». L’homme qui s’est plaint du bruit et de l’odeur des immigrés a fini à l’Élysée [1].

Cette banalisation des stéréotypes racistes ou xénophobes doit beaucoup, également, aux faiseurs d’opinion que sont les grands médias. Les journalistes, les éditorialistes et les intellectuels médiatiques apportent en effet à ces stéréotypes le semblant de sérieux et de respectabilité morale qui leur manque, et que ne suffit pas à leur apporter le monde politique, largement discrédité (...)

Au regard malveillant ou méprisant porté sur l’immigré s’oppose un regard on-ne-peut-plus complaisant sur les politiques d’immigration. Et au langage brutal, voire ordurier qu’on adresse à l’un, s’oppose une langue suave et euphémisée : on dit qu’on « renvoie chez eux » les expulsés, alors qu’ils ont leur chez-eux en France et qu’on les en chasse – et l’on emploie le mot « reconduite », qui évoque plus les joies du retour au foyer que la douleur du bannissement.

Bien d’autres lieux communs méritent un examen critique, notamment (...)