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Violences policières : Quand la BAC frappe et dérape
Article mis en ligne le 9 juin 2015

« Oui, Nancy est confrontée à des problèmes de violence. Dans L’Est Républicain, le maire Laurent Hénart (UDI) jure que le sujet est au cœur de ses préoccupations. » À force de voir pulluler des unes sur l’incivilité et l’insécurité, difficile pour le pékin moyen de penser que la police elle-même est parfois à l’origine de violences. Et pourtant…

(...) La scène  ? Elle s’est déroulée le 13 mars, entre 17 et 18 heures, au moment d’un contrôle de trois habitués du magasin par la brigade anti-criminalité (BAC). « Un contrôle de trois individus irrégulièrement stationnés sur le trottoir », selon la version des pandores. Habitués des pressions policières en tout genre, Rabha et David Klein observent plutôt des gaillards en train d’ouvrir la porte de leur domicile, et de fouiller dans leur poubelle. « Je lui demande de quel droit il ouvre notre porte et fouille dans nos poubelles… détaille Rabha. Direct, il me répond agressif  : “Y a un problème là ? Je fais ce que je veux, c’est la voie publique ici, ça n’est pas chez vous.” Pendant que je disais  : “Ça ne se fait pas ce que vous êtes en train de faire”, son collègue qui portait une veste Lonsdale commence à dire après nous : “Tu les connais pas ? C’est des gros cons, ils n’aiment pas la police, ils font toujours des scandales, c’est des gros cons  ! Ils sont anti-flics !” Le premier policier commence à me pousser, alors je le pousse à mon tour, et du coup c’est parti… » Le mari se retrouve étranglé et « tiré dans tous les sens » malgré son attelle à la jambe, la femme se fait plaquer au sol, le visage écrasé sur le trottoir. « Mes menottes se sont barrées je ne sais pas comment. Eux disaient : “La putain, elle a enlevé les menottes !” Tout ça, on ne l’entend pas sur la vidéo. Pourtant ma fille venait de commencer à filmer avec son portable. » Une vidéo qui fit grand bruit sur Internet, facilement retrouvable encore aujourd’hui. Pour l’empêcher de filmer, un policier pousse la fille (de douze ans) par terre, pendant qu’un autre policier renverse la poubelle avec son pied. Quand les flics en tenue débarquent, David est soulagé  : « Je leur dis “Vos collègues pètent les plombs”, pensant qu’ils les ramèneraient à la raison, mais en réponse, c’est moi qui suis plaqué, menotté, embarqué ! »(...)

Si le couple pense retrouver sans difficulté des personnes qui ont assisté à cette scène, en revanche, pour la suite, le trajet jusqu’au poste, il n’y a aucun témoin. C’est pourtant à ce moment-là que se seraient produits « les faits les plus graves ». Rabha raconte dans une désolation incendiaire  : « Ça criait dans la voiture, ils pétaient tous les plombs. La première chose qu’on me dit c’est “Gauchiste de merde” et même “Putain de merde”. J’étais plaquée sur le sol, la tête écrasée contre une grosse arme, une sorte de mitraillette, et les deux flics étaient installés sur moi. Les genoux du premier m’écrasaient les jambes, et les genoux du second, celui qui portait la veste Lonsdale, m’écrasaient la nuque. Celui-là essayait aussi de me mettre des claques et il me tirait les cheveux au point que, en arrivant au poste, ils sont tombés par grappes. » Entre les claques et les « Crève, crève  ! » qu’aurait lancés l’agent « Lonsdale », Rabha se retient de vomir et encaisse : « J’ai résisté dans la voiture, je me disais  : il ne faut pas que je lâche, sinon je vais laisser mes gosses, et dans ma tête y avait Idriss, surtout Idriss, qui sautait par terre, qui criait, qui pleurait et qui a suivi la voiture quand j’ai été embarquée. Et les insultes continuaient de pleuvoir : “Votre fille c’est de la merde”, “vos enfants, c’est de la merde”, “vous êtes une famille de merde”, “une famille de racaille”, “retourne dans ton pays”, “si tu n’aimes pas la France, t’as qu’à te casser”. »

Pendant ce temps-là, au magasin, ce n’est pas terminé (...)

Érigé « big boss des policiers du département » par L’Est Républicain, Nicolas Jolibois répondait nerveusement aux questions de Radio Campus Lorraine avec une certitude déconcertante quand on sait qu’il n’était pas sur le terrain au moment des faits. Ainsi, il justifie la garde à vue par « des faits d’outrage, de violence sur les policiers », et explique qu’elle s’est « très bien passée, sous le contrôle du parquet ». Les violences et insultes racistes dans la voiture ? « L’avocat pouvait venir dans les deux heures, dans les trois heures, même tout au long de la garde à vue, [Monsieur Klein] a refusé. S’il était en situation totalement injuste, je pense qu’il aurait saisi cette occasion d’avoir un avocat […] pour faire valoir ses droits. » Les violences sur le trottoir du Petit Chaouen ? « Des gestes techniques professionnels d’interventions tels qu’on les enseigne dans les écoles de police. » En somme, la situation est « tout à fait régulière », et même « tout à fait banale »  : juste un « contrôle de police parfaitement bien maîtrisé par le personnel pris à parti par deux personnes en hystérie [2] ».

Dans la salle à manger, David Klein range les documents de la médecine légale qui stipulent une incapacité totale de travail (ITT) de quatre jours pour sa femme et d’un jour pour sa fille. Depuis les premiers contrôles de police du Petit Chaouen il y a dix ans, jamais les conséquences n’avaient été si graves.(...)