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Mediapart
Voter (malgré tout) pour Mélenchon ? Des électeurs de gauche s’interrogent...
Article mis en ligne le 18 mars 2022

Malgré ses résistances liées à sa personnalité ou à certaines de ses prises de position, une partie des électeurs de la gauche traditionnelle se résout peu à peu à donner sa voix au candidat insoumis. Avec l’espoir d’un second tour débarrassé de l’extrême droite.

Ni fleur au fusil ni étoiles dans les yeux : cette gauche-là mettra, le 10 avril prochain, un bulletin « Mélenchon » dans l’urne sans grande conviction. Ces électeurs et électrices, issus des classes moyenne ou supérieure, avaient voté pour Benoît Hamon ou Emmanuel Macron en 2017. Cette fois, ils passeront outre leurs préventions, et voteront pour le candidat insoumis. (...)

le quinquennat est passé par là. Pour Dominique, qui revendique sa culture du « christianisme social », l’offensive du président sortant contre les services publics ou sa façon d’exercer le pouvoir, en homme seul, ont été des lignes rouges. Aujourd’hui, face à une offre de gauche qu’il juge « inconsistante », sa décision est prise.

En dépit des réserves de ce protestant revendiqué à l’égard de Mélenchon, un personnage qui ne lui plaît guère – son côté « bouffeur de curé », son populisme, ses positions qu’il juge parfois trop pusillanimes sur l’immigration –, il votera pour « le seul qui a une petite chance d’accéder au second tour ». « Si tant est que les deux candidatures d’extrême droite se neutralisent l’une l’autre », analyse-t-il, en rêvant d’un premier tour à l’ancienne, entre la gauche (de Mélenchon) et la droite (de Macron). Ce qui permettrait au passage de s’éviter un choix cornélien au second…

Combien sont-ils, ces électeurs et électrices qui se résigneront à voter pour l’Insoumis le 10 avril prochain ? S’il faut patienter 24 jours pour avoir le fin mot de l’histoire, un coup de sonde dans les profondeurs de l’électorat permet de le constater : la machine à phosphorer est bel et bien lancée au sein de ce peuple de gauche déboussolé par ces candidatures à la fois pléthoriques (6 candidats) et insatisfaisantes.

De tribunes (lire ici le billet de blog de Livia Garrigue) en échanges, parfois piquants, sur les réseaux sociaux, et jusque dans les repas de famille, partout on argumente, on se chipote et on s’engueule sur les avantages et les inconvénients à accorder sa voix au leader insoumis. Il faut dire que, depuis quelques semaines, la petite musique du vote « utile » entretenue par les sondages, dont certains donnent Mélenchon dans le trio de tête des finalistes potentiels, est entrée de plain-pied dans cette campagne que tout le monde croyait jouée d’avance.

Une lueur d’espoir à laquelle la féministe Caroline De Haas se raccroche désormais. Pas rancunière, l’ex-candidate (malheureuse) aux législatives à Paris, qui fut soutenue par toute la gauche sauf… par La France insoumise (LFI), s’est désormais rendue à un choix « de raison ». « J’étais partie en mode “vénère” pour voter Poutou, et puis je me suis imaginé ce que serait deux semaines d’entre-deux-tours sans racisme et sans sexisme », raconte celle qui espère qu’un tel scénario donnerait beaucoup de force au mouvement social pour affronter les embûches – réforme des retraites, conditionnement du RSA à l’activité, autonomisation totale des universités… – en cas de réélection du président sortant.

Ce jeudi 17 mars, c’était au tour du maire de Corbeil-Essonnes, tombeur du clan Dassault en 2020, d’annoncer à son tour dans une tribune de Mediapart qu’il rejoignait, bon an mal an, les rangs des soutiens à Mélenchon (...)

Chez les anonymes aussi, ni militants ni spécialement engagés en politiques, les tergiversations ont, ces dernières semaines, redoublé d’intensité. (...)

« Un bulletin, on te demande pas de l’aimer »

Au sein de l’état-major de LFI, où les enquêtes d’opinion sont scrutées comme le lait sur le feu, on a en tout cas bien perçu ces frémissements. Depuis, on s’évertue à mettre du charbon dans la locomotive, en instillant l’idée que la candidature Mélenchon serait le seul vote à même de débarrasser l’entre-deux-tours de l’extrême droite. « Ce serait un événement énorme », soulignait à dessein le candidat, la semaine dernière lors d’une conférence de presse, transformant pour l’occasion son slogan « Un autre monde est possible » en « Un autre second tour est possible ».

Une incitation claire au « vote barrage » dès le premier tour : l’argument fait mouche.
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