Eric Zemmour, qui n’a jamais caché son « respect » pour les commandos jihadistes, milite aujourd’hui pour une réhabilitation du régime Assad.
On peut tout reprocher à Eric Zemmour, sauf une certaine constance sur les sujets les plus douteux. En octobre 2016, il avait affirmé, au sujet des terroristes jihadistes, « respecter les gens qui meurent pour ce qu’ils croient, ce dont nous ne sommes plus capables ». Il avait alors insisté : « quand les gens agissent parce qu’ils pensent que leurs morts le demandent, il y a quelque chose de respectable ». Il accréditait ainsi un des pires arguments de la propagande jihadiste, celui consistant à présenter les attentats aveugles dans les pays européens comme des « représailles » aux frappes occidentales en Syrie et en Irak, alors même que celles-ci sont postérieures au déclenchement de la campagne jihadiste. La Fédération nationale des victimes d’attentats avait d’ailleurs déposé plainte contre Zemmour pour « apologie du terrorisme », une plainte finalement classée sans suite.
« NE PAS DIABOLISER ASSAD »
Ce « respect » réitéré de Zemmour envers les kamikazes de Daech, l’acronyme arabe de « l’Etat islamique », s’inscrit dans le droit fil de la compréhension qu’il a très tôt manifestée envers Bachar al-Assad. Dès mai 2013, il trouve des accents lyriques pour proclamer que « le tyran de Damas joue au phénix, il s’apprête à gagner une guerre que l’on disait perdue ». (...)
Lorsque, trois mois plus tard, le dictateur fait bombarder des banlieues de sa capitale aux armes chimiques, Zemmour mettra en doute l’utilisation des gaz, tout en affirmant qu’Assad « n’a pas gazé son peuple, il a gazé ses adversaires ». Pour mémoire, l’écrasante majorité des quelque 1400 victimes de ces bombardements du 21 août 2013 sont des civils.
Au-delà des coups de menton géopolitiques, c’est donc bien l’indifférence aux crimes de guerre qui s’impose comme fil rouge des positions de Zemmour sur la Syrie. Car la « victoire » annoncée dès le printemps 2013 se fait attendre pour Assad, qui ne doit son salut qu’à l’intervention directe de la Russie, en septembre 2015. Zemmour célèbre alors cet appui de Moscou à un « régime laïc arabe », martelant que « la Russie soutient Assad, l’Amérique soutient Daech » (sic), alors même que cela fait plus d’un an qu’une coalition menée par les Etats-Unis combat « l’Etat islamique » en Irak et en Syrie. Zemmour, pourtant partisan enflammé de Trump contre Obama, n’en est que plus troublé lorsque le nouveau président républicain décide, en avril 2017, de bombarder des positions d’Assad, accusé d’avoir, une fois de plus, eu recours à l’arme chimique. Dans un rare moment d’humilité, le polémiste avoue être « pris à contre-pied » et « ne pas comprendre pourquoi Assad a fait cela ». Pour « comprendre » cet « Etat de barbarie » auquel a pu être assimilé le système Assad, il faut en effet dépasser des clichés largement obsolètes, et surtout retrouver une certaine empathie envers les victimes de la terreur de masse.
SOS CHRETIENS D’ORIENT
Zemmour surmonte néanmoins vite son malaise du printemps 2017. Et si Trump n’a pas été assez agressivement « réaliste » à ses yeux, Erdogan, devenu un partenaire majeur de Poutine dans la gestion de la crise syrienne, remonte dans son estime. C’est ainsi que Zemmour n’hésite pas, en octobre 2019, à justifier l’offensive turque contre les forces kurdes de Syrie. Là aussi, il ne verse pas une larme sur les nombreuses victimes civiles des exactions alors perpétrées. (...)
Le mois suivant, Zemmour reprend à son compte une revendication ancienne de « SOS Chrétiens d’Orient » en se prononçant publiquement pour la réouverture de l’ambassade de France à Damas, fermée depuis une dizaine d’années. Il va encore plus loin en demandant à cesser de « diaboliser Assad » au nom d’une « diplomatie des droits de l’homme » pour laquelle il n’a pas de mots assez durs. (...)
Mais revenons au candidat Zemmour, pour qui la boucle est ainsi bouclée. L’exaltation des « hommes forts » et le respect professé pour les kamikazes conduisent finalement à passer par pertes et profits, non pas seulement la « diplomatie des droits de l’homme », mais les droits humains en tant que tels. Et cela ne vaut sans doute pas que pour la Syrie.
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