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Mediapart
À Madrid, les droites les plus radicales d’Amérique s’invitent dans la campagne des européennes
#extremedroite #electionseuropeennes
Article mis en ligne le 21 mai 2024
dernière modification le 20 mai 2024

Le parti d’extrême droite Vox a lancé sa campagne dimanche 19 mai en présence, outre Marine Le Pen, du président argentin Javier Milei, du Chilien Kast, un nostalgique de Pinochet, ou encore de proches de Trump. Cette « alliance mondiale de patriotes », traversée de nombreuses divisions, a tenté de se retrouver derrière des adversaires communs, le « socialisme » et le « wokisme »

(...) Javier Milei est venu transmettre un message à destination des Européen·nes, à la veille du scrutin du 9 juin : l’apocalypse économique qui a sévi en Argentine ces dernières années – et à laquelle lui espère bien mettre fin, en réalisant « le plus grand ajustement budgétaire de l’histoire de l’humanité » – menace l’Europe et les États-Unis. Comme il l’avait déjà dit au Forum de Davos en janvier, « l’Occident » est menacé, et l’heure est à la bataille culturelle face au camp des progressistes – celles et ceux qu’il nomme les « zurdos » (les gauchistes). (...)

Mais l’ancien éditorialiste des plateaux télé se dit optimiste, parce qu’« à la fin, le bien triomphe toujours sur le mal », et que tout cela « dépend, non pas du nombre de militants, mais des forces du Ciel » (...)

Pour sa première visite en Espagne depuis son élection, Milei a choisi de ne rencontrer ni Pedro Sánchez, le socialiste à la tête de l’exécutif, ni Alberto Núñez Feijóo, à la tête de l’opposition conservatrice, pas plus que le roi Felipe VI. Durant ses trois jours madrilènes à l’agenda particulièrement peu fourni, il s’est contenté d’une présentation de l’édition espagnole de son dernier livre vendredi, d’une rencontre avec une dizaine de grands patrons qui investissent en Argentine samedi matin, et d’un soutien à Santiago Abascal ce dimanche.

Les relations sont tendues entre Buenos Aires et Madrid, en particulier depuis que le ministre socialiste espagnol Óscar Puente a déclaré que Milei donnait l’impression d’avoir pris des « substances », provoquant un incident diplomatique. Ce dimanche, Milei s’est autorisé à qualifier de « corrompue » l’épouse de Pedro Sánchez, Begoña Gómez, à travers une référence pour initié·es qu’il semble avoir improvisée (...)

Au premier rang du meeting, Marine Le Pen, elle, a écouté religieusement la traduction de l’espagnol dans ses écouteurs. Mais la députée Rassemblement national (RN) s’est gardée d’applaudir à chaque embardée de Milei sur les vertus du tout marché en économie et de la nécessaire disparition de l’État.

Une « fête patriotique »

Comme l’explique le politiste Guillermo Fernández-Vázquez dans un entretien à Mediapart, Vox a organisé ce festival de deux jours, baptisé « Viva 24 » (pour l’année 2024), afin de « compenser » les déboires des derniers mois. Ces déconvenues avaient obligé le parti à reporter l’édition 2023 de ce même festival. Pour tourner la page, Abascal a vu grand : il s’est entouré non seulement de Milei, mais de toute une galerie de personnages incarnant d’infinies variations des droites les plus radicales en Amérique et en Europe. « Une alliance mondiale de patriotes en défense du sens commun et de la prospérité », s’est réjoui Abascal.

Au cours de cette « fête patriotique », tous et toutes sont venu·es exprimer leur soutien à Vox, entre deux saillies contre l’« idéologie woke » et l’« immigration illégale massive ». Durant près de quatre heures, ce fut un flot de discours alarmistes et agressifs, donnant l’impression que ce n’est plus seulement l’avenir de l’Europe, mais celui du monde et de la « civilisation », qui se joue dans les urnes en juin. (...)

Parmi les intervenant·es figurait, outre Milei, le Chilien José Antonio Kast, un nostalgique de Pinochet arrivé deuxième à la présidentielle de 2021, et qui a remercié Vox d’avoir débarrassé l’Espagne de Podemos : « Les forces de la liberté ont freiné l’avancée de la gauche la plus radicale », a-t-il dit, avant d’espérer faire de même au Chili face à Gabriel Boric et à ses alliés de la gauche critique lors de prochaines élections à Santiago. (...)

Plusieurs représentant·es de la galaxie trumpiste ont également fait le déplacement depuis les États-Unis, preuve que les liens qu’Abascal a commencé à tisser avec l’alt-right nord-américaine, notamment en participant à un forum de la droite aux États-Unis en février dernier, se renforcent : Roger Severino, de la Heritage Foundation, un lobby influent sous Ronald Reagan puis Donald Trump, s’est distingué par un discours transphobe très applaudi (« Dieu ne commet pas d’erreurs », a-t-il lancé, au sujet des personnes qui expriment le besoin de changer de sexe).

Quant à Mercedes Schapp, de l’American Conservative Union, elle a appelé à la mobilisation (...)

Un ministre israélien du Likoud également invité (...)

Les chef·fes de l’exécutif en Hongrie, Viktor Orbán, et en Italie, Giorgia Meloni, ont aussi participé, par vidéo, au meeting. Tandis que l’Espagnol Jorge Buxadé, chef de file de Vox au Parlement européen, est le seul à être entré dans des questions de stratégie pour les extrêmes droites à Bruxelles lors du prochain mandat. « Nous devons bâtir un front commun, à partir de tous les sujets qui nous unissent », a-t-il dit. (...)

Au Parlement européen, si les partis d’Abascal et Meloni sont alliés au sein du groupe de la droite radicale ECR, aux côtés de Reconquête (et même si Marion Maréchal ne s’est pas déplacée à Madrid), les troupes de Marine Le Pen comme celles du Portugais Ventura appartiennent à un autre groupe, Identité et démocratie (ID). Notamment parce que des divergences de fond les séparent, par exemple sur le rapport à la Russie ou à l’économie. (...)