Victimes de la baisse des financements publics et des aides à l’emploi, les compagnies de théâtre sont fragilisées comme jamais, dévoile une étude. Un créateur interrogé sur cinq envisage même d’abandonner son activité.
C‘est un fait que nul ne peut ignorer dans le secteur du spectacle vivant. Une crise inédite frappe tous ses maillons, et ses conséquences alimenteront forcément les réflexions prévues au Festival d’Avignon, et dans son Off, à partir du 4 juillet. L’étude « Évolution de la situation des équipes artistiques : création, diffusion, emploi », de l’Association des professionnel.le.s de l’administration du spectacle (Lapas), devrait contribuer au débat, sous l’angle des menaces touchant spécifiquement les compagnies. Deux cent quatre-vingt-six compagnies, ainsi que trois cent quarante-neuf professionnels administratifs, y ont participé en ce printemps. Parmi les enseignements tirés figurent des chiffres particulièrement inquiétants pour la vitalité de la création et pour l’emploi (...)
De plus en plus délétère, la chute des financements publics de la culture touche tout l’écosystème du spectacle vivant, lieux et festivals inclus. Mais les compagnies sont les plus fragiles, subissant souvent des baisses d’aides directes de leurs partenaires publics, mais aussi celles qui affectent producteurs et diffuseurs, par effet domino. Et comme si cela ne suffisait pas, la diminution des aides à l’emploi du plateau artistique, par la baisse de dotation du Fonpeps, contribue, encore, à assombrir le tableau. (...)
L’étude de Lapas montre que la diffusion est également impactée, avec une baisse prévisionnelle de 37 % pour la saison à venir — qui s’ajoute à la chute en cours depuis plusieurs saisons. L’ensemble des équipes artistiques du spectacle vivant, toutes disciplines confondues, est concerné. Et l’exemple des compagnies jeune public est particulièrement éloquent. (...)
« La dégradation des conditions de travail est importante, avec des semaines de travail délirantes pour pallier le manque de moyens. Nous essayons de resserrer les budgets, ce qui signifie que l’on se retrouve tous à assurer toujours plus de postes. Cela impacte la qualité des projets et notre santé. »
Les conséquences négatives sur l’organisation du travail et la rémunération font partie des points sur lesquels le mouvement Livrer bataille, créé au printemps autour d’un collectif de compagnies, se mobilise. Son appel, signé par plus de six cent cinquante compagnies au 24 juin, insiste sur la nécessité de « défendre une autre conception de [leurs] métiers et [d’]œuvrer à une indispensable réinvention des politiques publiques de l’art et le spectacle vivant ». (...)
Du côté des personnels administratifs, la plupart doivent multiplier les collaborations avec des compagnies pour maintenir leurs revenus. (...)
Nombreux sont ceux qui refusent de voir des motifs uniquement comptables dans les défections de soutien actuelles. Récemment, les exemples de déprogrammations et de baisses de subventions teintés idéologiquement se multiplient, et impactent très directement les compagnies. « Ce n’est pas qu’une crise économique. C’est une crise idéologique ; un choix politique qui consiste à brader au privé l’excellence des services publics de différents domaines, analyse Gisèle Vienne. Détruire des espaces comme ceux du spectacle vivant participe à la destruction des espaces de cohésion sociale, de pensée et de critique. »
Si le dialogue a été établi avec la ministre de la Culture, Catherine Pégard, notamment autour des questions du Fonpeps, de la liberté de création et de la situation des équipes artistiques, le mouvement intersyndical s’amplifie à l’approche du Festival d’Avignon. Face à une lame de fond qui pourrait provoquer l’effondrement du secteur public du spectacle vivant, ce mois de juillet sera le virage à ne pas manquer pour cette mobilisation, à moins d’un an de l’élection présidentielle.
Marianne Casamance, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons