Dans le cadre de son volontariat avec Migreurop et Euromed Droits à Bruxelles (novembre 2025-mai 2026), Jeanne Olivet a suivi les négociations des réformes migratoires européennes. Par cette frise chronologique, elle donne à voir l’accélération et la brutalisation des politiques migratoires de l’UE. Elle propose également une analyse des dynamiques à l’œuvre au sein des institutions européennes qui poussent vers des mesures de plus en plus répressives.
(...) Analyse de la frise chronologique
2025-2026 : Un enchaînement ininterrompu de réformes attentatoires aux droits
Cette frise chronologique des évolutions législatives européennes documente l’ensemble des textes adoptés ou en cours de négociation au sein des institutions européennes, dans le prolongement du Pacte européen sur la migration et l’asile. Le Pacte a été adopté le 14 mai 2024 et est entré en application le 12 juin 2026. Composé de neuf règlements et d’une directive [1] (voir la frise - possibilité de rendre visible chaque règlement ou de le masquer), ce Pacte est censé constituer une refonte d’ensemble du cadre juridique européen en matière migratoire. Il marque le début de nombreuses réformes législatives en matière d’immigration et d’asile à l’échelle européenne.
Depuis, une série de réformes majeures a été adoptée de façon expéditive. (...)
Le nouveau règlement « retour » (voir dossier “Retour”) marque un durcissement significatif des règles de détention et d’expulsion des personnes étrangères. L’enfermement devient généralisé avec un élargissement des motifs et des catégories de personnes concernées, y compris pour les personnes dites vulnérables. (...)
Cette succession de réformes portent les attaques envers les droits des personnes migrantes à un niveau sans précédent dans l’histoire de l’Union européenne, en donnant un feu vert aux velléités les plus répressives des États membres. La frise chronologique ci-dessus permet de comprendre comment, ces dernières années, les reconfigurations de l’espace institutionnel européen ont permis cette brutalisation des politiques migratoires. (...)
Deuxième semestre 2026 : les textes à surveiller
La directive facilitation (voir : dossier “Facilitation”), qui porte sur la criminalisation de l’aide aux personnes exilées, est l’un des dossiers les plus sensibles. Dans sa version actuelle, elle risque de fragiliser davantage le travail des associations et des individus qui viennent en aide aux personnes en migration, en élargissant les situations pouvant être qualifiées pénalement d’aide à l’entrée ou au séjour irrégulier.
Les deux règlements policiers en discussion (voir : dossier “Frontex” et dossier “Europol 2026”) constituent un autre terrain à surveiller. Ils s’inscrivent dans une logique de sécurisation accrue des frontières et de coopération policière renforcée sur les questions migratoires ; une orientation lisible dans les arbitrages budgétaires, où les dépenses liées au contrôle aux frontières et aux retours devraient capter près de 49 % du budget des agences de Justice et affaires intérieures de l’Union européenne.
En particulier, la réforme du mandat de Frontex (voir : dossier “Frontex”), prévue pour 2026 et portée par le Commissaire Magnus Brunner, vise à élargir les compétences et les moyens (humains, financiers, matériels) de l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes. Si cette révision aboutit dans le sens souhaité par la Commission, elle renforcera encore davantage le volet sécuritaire et extérieure de la politique migratoire européenne.
Sur chacun de ces textes, la question de la majorité parlementaire sera déterminante. L’alliance entre le PPE et les groupes d’extrême droite, qui a été expérimentée sur le règlement “retour”, pourrait se reconstituer, reconfigurant durablement les équilibres législatifs au Parlement européen sur l’ensemble du champ.