Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
la Déferlante
Affaire Lyhanna : il faut questionner la figure médiatique du monstre
#enfants #viols #agressionsSexuelles #Lyhanna #medias #repression #prevention
Article mis en ligne le 28 juin 2026
dernière modification le 25 juin 2026

Dans l’affaire Lyhanna, il est bien sûr question du meurtre d’une enfant, mais également des violences sexuelles commises par un homme probablement récidiviste. Comme souvent, lorsqu’une affaire pédocriminelle bouleverse l’opinion, la construction médiatique d’un ennemi public oblitère toute possibilité de débat. Or, selon l’autrice Sarah Boucault, les violences sexuelles ne cesseront pas tant que nous ne répondrons pas collectivement à cette question : comment fait-on pour que les violeurs cessent de violer ?

Depuis début juin 2026, des rassemblements ont lieu chaque semaine devant des tribunaux partout en France, ainsi que devant le ministère de la justice à Paris.

Rétablissement de la peine de mort, castration chimique, peines à perpétuité. Ces derniers jours, la droite et l’extrême droite ont poussé très loin la surenchère sécuritaire autour du meurtre de Lyhanna, 11 ans, et des violences sexuelles pédocriminelles que Jérôme Barella est soupçonné de lui avoir infligées. Alors que l’enquête est toujours en cours, plus d’un millier de femmes manifestaient à nouveau, lundi 15 juin, devant les tribunaux partout en France pour réclamer le vote d’une loi intégrale

sur le modèle espagnol.

Pourtant, dans les rangs féministes, certaines voix s’élèvent pour interroger l’efficacité d’un nouveau dispositif législatif, aussi ambitieux soit-il contre les violences sexuelles, s’il n’est pas accompagné de mesures de prévention à l’égard des agresseur·euses. Sarah Boucault, journaliste et autrice d’un livre enquête intitulé De l’autre côté de l’inceste. À la rencontre des enfants agresseurs est l’une d’entre elles. Dans cet ouvrage paru début 2026 à La Déferlante Éditions, elle s’intéresse aux lacunes de la prise en charge des enfants auteurs d’inceste.

Dans notre newsletter, elle appelle cette fois à interroger la figure médiatique du monstre et à repenser de manière radicale la violence qui nous traverse en tant qu’individus et en tant que société. (...)

Je peux être agresseuse, victime, les deux à la fois. Mais également témoin d’agressions. Pourtant, cette position assez banale est impossible à penser dans un monde où dominent les récits binaires dans lesquels être une victime exclut nécessairement qu’on puisse agresser. Et inversement.

Je sais aussi que cette position de victime recouvre de multiples réalités et de ressentis.

Brandir la figure du monstre et réclamer toujours plus de sanctions a pour effet pernicieux de neutraliser nos réactions vis-à-vis des violences sexuelles. Comme l’explique très bien Camille Kouchner, cela « empêche les enfants de parler. Parce que c’est terrorisant, que ça [leur] fait porter […] une responsabilité qu’ils ne devraient pas porter ». (...)

Il ne faut aucun courage pour demander le rétablissement de la peine de mort mais il en faut énormément pour reconnaître sa propre violence ou pour demander à son voisin, à son père, à sa meilleure amie, s’ils ou elles ont déjà agressé. (...)

Ouvrir la porte à l’humanité d’un⋅e agresseur⋅euse, ce n’est pas justifier ses actes ni se trahir soi-même. Encore moins risquer d’être contaminé·e puisque nous le sommes déjà. Au contraire, c’est instaurer un dialogue pour assainir les liens. C’est se demander : Qu’est-ce qui nous arrive ? Nous sommes responsables de la société que nous construisons, des imaginaires et des habitudes qu’elle véhicule. Nous avons donc le pouvoir de la transformer.

Alors, même si la réponse nous terrifie, au lieu de seulement demander à nos proches : Es-tu victime ?, pourquoi ne pas leur demander aussi : As-tu agressé ? »