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Club de Mediapart/Par Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières.
Anti-médias : quand les médias trahissent la promesse du journalisme
#medias #antiMedias #journalisme
Article mis en ligne le 8 juin 2026
dernière modification le 3 juin 2026

De CNews en France à GB News au Royaume-Uni, de Fox News aux États-Unis à Channel 14 en Israël, ces chaînes se présentent comme des médias d’information, mais fonctionnent en réalité comme des instruments d’opinion, voire d’influence politique. Les règles qui régissent l’audiovisuel doivent évoluer pour s’adapter aux mutations du monde des médias.

Informer n’est pas influencer. Ou, du moins, cela ne devrait pas l’être. Le journalisme repose sur une promesse simple mais exigeante : offrir aux citoyens des faits vérifiés, hiérarchisés et contextualisés ; rendre le monde intelligible à ses lecteurs, auditeurs et téléspectateurs ; leur permettre de se forger librement une opinion pour être en mesure de prendre part au débat démocratique. Cette promesse est aujourd’hui fragilisée par l’essor de médias d’un type nouveau que Reporters sans frontières qualifie d’“anti-médias”.

Une nouvelle ère médiatique

De CNews en France à GB News au Royaume-Uni, de Fox News aux États-Unis à Channel 14 en Israël, ces chaînes partagent des caractéristiques communes : elles se présentent comme des médias d’information et sont régulées comme telles, mais fonctionnent en réalité comme des instruments d’opinion, voire d’influence politique. Pire : leur ligne éditoriale repose moins sur la recherche de la vérité que sur la confirmation de biais idéologiques, souvent au mépris des faits, distordus à répétition. La réalité matérielle n’y devient alors qu’une opinion parmi d’autres, ouverte à la discussion.

Les campagnes de dénigrement que mènent ces médias à l’encontre d’acteurs de la vie publique (élus, mais aussi militants associatifs ou journalistes) à longueur d’antenne résultent dans des vagues de harcèlement en ligne par des téléspectateurs abusés ou fanatisés par ce discours. Et ces chaînes affirment haut et fort incarner une forme de bris d’un supposé consensus journalistique. La liberté d’expression en étendard, ces médias sapent l’adhésion à la liberté de la presse (...)

Un colloque organisé par Panthéon-Assas le 12 février dernier réunissait, autour de Reporters sans frontières, des juristes, des universitaires et des experts européens autour d’un même constat : à travers l’Europe et au-delà, les mêmes pratiques médiatiques posent les mêmes questions.

Repenser les exigences

Les règles qui régissent l’audiovisuel doivent évoluer, s’adapter aux mutations du monde des médias. L’émergence des anti-médias doit nous mener à questionner la capacité de nos systèmes de régulation à répondre aux exigences démocratiques d’accès à l’information et de survie du débat public. Comment les anti-média peuvent-ils se maintenir en dépit de lois explicites et d’autorités instituées pour les faire appliquer ? (...)

La liberté de la presse s’accompagne de responsabilités, en particulier lorsque l’on bénéficie d’une fréquence publique ou d’une large audience. Elle ne saurait devenir un droit de désinformer. Face à cette dérive, qui est aussi un péril existentiel pour le journalisme, l’inaction n’est pas une option. Mais la réponse ne peut être uniquement institutionnelle. Elle doit aussi être professionnelle. (...)

Enfin, le public lui-même a un rôle à jouer. Dans un univers saturé d’informations, l’esprit critique est plus que jamais indispensable. Mais cette distance nécessaire ne peut s’exercer que si les règles du jeu sont claires — si l’information est identifiable comme telle, et distinguable de l’opinion, le pluralisme garanti et la déontologie journalistique assurée. Si les citoyens l’appellent de leurs vœux, ils doivent à présent, à travers leurs représentants, défendre une conception exigeante d’un journalisme d’intérêt général. Il est urgent d’appeler un chat, un chat : sur la confusion prospèrent les anti-médias. Il est temps de la dissiper.