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« ce barbu aux épaules larges »
Article mis en ligne le 20 février 2019
dernière modification le 19 février 2019

L’affaire de la Ligue du LOL a mis au grand jour cette réalité cruelle pour les hommes de gauche, occultée par des années de féminisme d’Etat : le sexisme est présent et prospère dans les quartiers de centre-ville, au sein des élites cultivées, chez les mecs cool. Nous n’avons pas fini de prendre la mesure de la haine profonde des femmes qui règne dans les milieux prétendûment progressistes – et, nous voudrions le rappeler, y compris chez les notables de cette gauche radicale, intellectuelle, éditoriale, qui peut dénoncer vertueusement la culture du viol, mais sans se départir de son virilisme. Les lignes qui suivent leur sont dédiées.

Publié le 4 février 1869, le texte qui va suivre est de ces œuvres qui, aujourd’hui encore, font vibrer nombre de militants révolutionnaires. Il a été écrit par un écrivain de valeur, l’un des rares à avoir franchement pris parti pour les Communards, alors que le merveilleux monde des lettres appelait quasi-unanimement à leur extermination : Jules Vallès.

Il s’agit de l’éditorial du premier numéro d’un éphémère journal intitulé Le Peuple, qui présente avec lyrisme et empathie plusieurs figures emblématiques de cette catégorie politique si fondamentale : le peuple, justement !

Parce que le parti-pris communard de Jules Vallès nous paraît admirable, et parce qu’en ces temps de restauration versaillaise le peuple mérite plus que jamais des éloges lyriques et empathiques, nous le republions. Mais parce que le culte des Grands Auteurs, et plus largement la tonalité encore dominante de maints discours populistes, barricadistes et insurrectionnistes, leur imaginaire et leurs points aveugles, méritent pour le moins d’être interrogés, nous ferons suivre ce texte de trois questions qui ouvrent, nous semble-t-il, quelques perspectives vertigineuses (...)

Notre texte aurait pu en somme s’intituler « Il y a plus héroïque et misérable que le mineur, le couvreur et le tourneur : leurs femmes ». (...)