Reportage · Prix des billets, coût de la vie sur place, politique discriminatoire mise en place par Trump... La Coupe du monde de football, qui a démarré le 11 juin et qui se déroule principalement aux États-Unis, se jouera presque sans aucun supporters africains, sans que la Fifa y trouve à redire.
Alignés en rang d’oignons, sept hommes arborent des lettres géantes peintes sur leur torse nu. Ils s’appellent Modou, Babacar, Abdou ou encore Samba, l’un est commerçant, l’autre cameraman, il y a aussi un agent municipal, et même un maçon. Leur mission ? Former le mot « S-E-N-E-G-A-L » avec leur corps dans les stades de football. La chorégraphie donne une image spectaculaire à chaque Coupe d’Afrique des nations (CAN).
Mais ce 16 juin, lors du match qui verra leur pays affronter la France, durant le premier tour de la Coupe du monde masculine 2026, ils seront absents des tribunes. Les membres du « 12e Gaindé » ont été victimes d’un filtrage aux frontières des États-Unis, l’un des trois pays hôtes de la compétition avec le Canada et le Mexique. « Nous n’allons pas déplacer de supporters de Dakar aux États-Unis », a annoncé la ministre sénégalaise des Sports, Khady Diène Gaye, à l’antenne de la radio Sud FM début mai.
Sacré paradoxe : avec dix formations qualifiées sur quarante-huit, il n’y a jamais eu autant d’équipes nationales africaines en lice en Coupe du monde, mais, dans le même temps, les conditions économiques et administratives de cette édition sont les plus excluantes de l’histoire presque centenaire du tournoi, qui se tient du 11 juin au 19 juillet. (...)
Prix exorbitants et expulsions de masse (...)
Haïtiens et Iraniens strictement interdits (...)
Le meilleur arbitre africain refoulé (...)
Comment la Fifa justifie-t-elle ces discriminations visant de nombreux voyageurs originaires de pays qualifiés pour la compétition ? Ni l’instance ni les fédérations concernées n’ont donné suite aux demandes d’interview d’Afrique XXI. « Nous vous invitons à vous adresser aux autorités compétentes », a répondu par mail le service communication de la Fifa. Contacté par Afrique XXI, le département d’État états-unien n’a pas répondu. Les fédérations concernées ont préféré, elles aussi, esquiver le sujet.
« Je sais que nous aurons des visiteurs, de près de cent pays probablement. On veut qu’ils viennent, qu’ils profitent, qu’ils assistent aux matchs. Mais quand ce sera terminé, il faudra qu’ils rentrent chez eux », avait prévenu en mai 2025 le vice-président des États-Unis, J. D. Vance, au cas où les choses n’auraient pas été assez claires.
Pour d’autres, la politique de l’administration Trump produit un effet repoussoir face au risque, pour les voyageurs non blancs, de subir des détentions arbitraires et des déportations (...)
En mars 2017, Gianni Infantino, président de la Fifa, lançait, bravache : « Il va de soi que, dans le cadre des compétitions de la Fifa, toute équipe, y compris ses supporters et ses officiels, qui se qualifie pour une Coupe du monde doit pouvoir accéder au pays hôte, sans quoi il n’y a pas de Coupe du monde. »
À Kinshasa, « tout le monde va être dehors »
Cette déclaration publique a très mal vieilli. Les années ont passé, Donald Trump a été réélu à la Maison-Blanche, et il peut désormais compter sur « l’assentiment servile », selon les mots du chercheur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) Pascal Boniface, d’Infantino : en décembre 2025, le second a offert au premier un obscène « prix de la paix », décerné au nom de la Fifa, lors du tirage au sort du tournoi. (...)