Une étude éclaire la manière dont l’usage excessif des écrans par les parents altère la relation qu’ils entretiennent avec leurs enfants. Un comportement susceptible de causer colère et frustration chez les plus jeunes. Décryptage.
Et si les parents se préoccupaient de leur propre usage des écrans, plutôt que de s’inquiéter exclusivement de la consommation de leurs enfants ? Question qui fâche posée par une nouvelle étude sur les « parentalités numériques en France » — la première de cette ampleur, dont les résultats ont été rendus publics lundi 22 juin par Bayard jeunesse et l’Observatoire santé PRO BTP. (...)
En psychologie, technoférence — contraction de technologie et interférence — désigne l’intrusion des écrans dans la relation entre enfants et parents. On parle de technoférence parentale lorsque le père ou la mère répond à ses messages pendant un repas de famille, consulte son téléphone au beau milieu d’une conversation, se laisse distraire par les réseaux sociaux alors que son bébé tente vainement d’attirer l’attention, ou encore interrompt un jeu de société avec l’aîné pour vérifier ses notifications. (...)
« Cet usage parental est assez peu interrogé, en France. Et à l’international, ça se développe mais dans une bien moindre mesure que la consommation des enfants », précise Marie Danet, maîtresse de conférences en psychologie du développement à l’université de Lille (...)
Quel est son impact sur la relation parents-enfants ? (...)
« La technoférence est associée à une diminution de la sensibilité parentale, à des réactions plus lentes quand l’enfant exprime des besoins, ainsi qu’à un moindre soutien émotionnel », liste Marie Danet. (...)
À noter que 55 % des parents d’enfants de moins de 5 ans présentent un niveau élevé de technoférence, précisément à l’âge où la réduction des échanges affecte le plus le développement de l’enfant. (...)
Quoi qu’il en soit, si les adultes n’y voient souvent aucun mal, les enfants ne sont en général pas dupes : « Ils peuvent ressentir de la colère et de l’énervement quand leurs parents utilisent trop souvent les écrans en leur présence », précise Marie Danet. Les quelque 90 % de parents qui contrôlent les usages numériques de leurs enfants feraient donc bien de ne pas oublier les leurs…
Le covisionnage est-il un remède efficace ? (...)
Discuter avec son enfant de ce qu’il regarde, répondre à ses questions, lui expliquer le fonctionnement des algorithmes… Ces pratiques éducatives sous-utilisées seraient, en effet, corrélées à un meilleur développement des compétences numériques et de l’autonomie.
C’est le cas, en particulier, de celle qui consiste à visionner ensemble certaines publications ou vidéos, pour accompagner les jeunes et les aider à développer leur esprit critique (...)
Quelles sont les limites de cette étude ?
Pour commencer, elle repose sur un échantillon de familles plutôt favorisées, recrutées parmi les lecteurs de Bayard jeunesse. À cela s’ajoute le genre des répondantes qui sont à 83 % des mères, ce qui laisse largement dans l’ombre le point de vue des pères. Enfin, il ne s’agit pour l’heure que d’une photographie, qui demande à être accompagnée d’un suivi longitudinal afin de mesurer l’évolution de ces pratiques familiales et leur impact sur le développement de l’enfant. D’autres études à venir devraient permettre d’observer des effets à long terme.