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Des réseaux pour échanger sans argent
#SEL #accorderies #alternatives
Article mis en ligne le 26 juin 2026
dernière modification le 23 juin 2026

Sortir des rapports marchands en s’organisant pour aller au-delà du cercle de l’informel familial ou amical ? C’est ce qu’expérimentent les Systèmes d’échanges locaux (Sel) et les Accorderies. En plus de la dimension économique, ces espaces d’échanges revêtent une dimension sociale importante.

(...) « Une heure égale une heure, quel que soit le service »

Au sein d’un Sel, l’argent n’a pas sa place. C’est le temps qui est l’unité de mesure principale.
« Dans la majorité des Sel que je connais, une heure égale une heure, quel que soit le service. Une heure de repassage a autant de valeur qu’une heure de cours de niveau math sup’, explique Angéline. Ça met les gens sur un pied d’égalité, c’est idéologiquement intéressant. » Chaque heure de service est convertie en unités. (...)

En France, le premier Sel a été créé en Ariège en 1994. Dix ans après, il y en avait 380, et on en a compté plus de 600 par la suite. Le Covid a été fatal à plusieurs d’entre eux, et leur nombre actuel n’est pas simple à évaluer. Certains Sel sont allés jusqu’à 600 adhérent·es.

Expérimenter une économie non monétaire

En termes économiques, ces espaces permettent de créer de la richesse collective sans passer par l’argent. Ils procèdent d’une « critique radicale de l’usage capitaliste de l’argent, comme fin en soi, thésaurisable et instrument d’exploitation », explique le sociologue Smaïn Laarcher (...)

« À une époque, il y a eu des procès intentés envers les Sel pour travail clandestin, par des artisans qui se plaignaient de concurrence déloyale, explique Delphine. Certains Sel ont gagné, car ils ont prouvé que les personnes concernées n’auraient pas eu les moyens de faire appel à un artisan. »
« Les Sel sont réellement en marge du système, estime Angéline. À la différence des monnaies locales, qui sont indexées sur l’euro. Pour moi, être ou non indexé sur une monnaie réelle est un facteur déterminant pour dire si on sort ou non du système. »

Pour éviter la reproduction des inégalités ou la thésaurisation, certains Sel ont instauré des garde-fous. (...)

Se sentir utile, créer des liens

Si les Sel ne remettent pas en cause l’économie dominante telle qu’elle existe, ils ouvrent des espaces pour expérimenter d’autres rapports non seulement économiques mais aussi sociaux (...)

On raconte même que certains Sel se sont arrêtés car les personnes qui le composaient n’avaient plus besoin de bons d’échanges pour continuer d’échanger librement. C’est en ce sens que les Sel ont un réel intérêt : ils servent de tremplins vers des échanges qui sortent certains pans de nos existences du règne de l’argent.
Les Accorderies, « lutter contre la pauvreté et créer du pouvoir d’agir »

Les Accorderies sont assez proches des Sel, mais avec quelques particularités liées à leur vocation sociale. « Les premières Accorderies sont nées à Paris et à Chambéry au début des années 2010, à l’initiative de la Maif et du Secours catholique, en s’inspirant d’expériences québecoises », explique Mathieu Le Gagneux, salarié et coordinateur de l’Accorderie de Chambéry–Aix-les-Bains, qui compte 350 adhérent·es. (...)

Leur but est à la fois « de lutter contre la pauvreté, de créer du lien social et du pouvoir d’agir », résume Mathieu. Chaque Accorderie est à l’initiative d’habitant·es qui l’animent. On y trouve à la fois des personnes qui sont en difficulté sociale, financière, psychique, d’intégration, etc., et des personnes issues de milieux non-exclus qui souhaitent être motrices de changement social, estime Mathieu. « Des gens assez aisés du centre-ville se rendent dans des quartiers prioritaires pour des services, et vice-versa. Cela a le grand mérite de casser les clichés, les idées reçues. »

« J’aime bien, tu rends service et il y a un échange au bout » (...)

Sel et Accorderie, quelles différences ?

Quelles sont les difficultés rencontrées ? « Il peut y avoir des personnes qui viennent aux permanences avec des comportements agressifs, désagréables, qui accaparent la parole, ou qui racontent des histoires trop intimes, explique Anne. Certaines viennent avec seulement des demandes d’aide, en faisant la confusion avec des services d’aide classiques. » Le rôle des accueillant·es, formé·es, est alors de recadrer. (...)

l’un des points par lesquels les Accorderies se distinguent des Sel : elles vivent grâce à des subventions, ce qui leur crée certaines obligations (permanences ouvertes à tou·tes par exemple). Sans subvention, les Sel sont plus libres. (...)