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Pressenza/Riccardo Petrella
Domination et injustice. La dérive de l’UE. À propos du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement des 18 et 19 juin 2026
#UE #marchandisation #privatisations #droitsHumains
Article mis en ligne le 28 juin 2026
dernière modification le 25 juin 2026

C’est une confirmation sans ambiguïté. Les dirigeants de l’UE restent inscrits, par ce Conseil de juin 2026, dans une stratégie de puissance et d’injustice.

1. Pourquoi les dirigeants de l’Union Européenne doivent changer leurs stratégies conçues et imposées dès les années 70 – 90 et encore dominantes à ce jour ?

Deux constats

Premier constat : l’Europe du Marché unique et de la Monnaie unique

Loin de contribuer à la construction d’une Europe politiquement et socialement intégrée, le Traité de Maastricht (1992) a créé le marché intérieur unique et la monnaie unique européenne selon les logiques de l’économie libérale de marché, sans un État politique européen. Au nom de la croissance du PIB et de la compétitivité sur les marchés globalisés, la primauté a été donnée à la libéralisation, à la dérégulation et à la privatisation des biens et des services essentiels pour la vie.

L’Europe comme communauté fédérale supranationale a disparue de l’imaginaire et des narrations des Européen·nes, de plus en plus dominé·e·s par les impératifs du commerce et les intérêts à court terme de l’Euro et de la Banque Centrale Européenne, politiquement indépendante des autres institutions de l’Union européenne. L’UE a gardé le principe de la souveraineté nationale, conservant essentiellement un caractère intergouvernemental (1). Il s’agit d’un système plutôt solide au service des oligarchies des groupes sociaux européens les plus forts, comme le démontre l ‘éclatant recul de la Commission dans le domaine de la transition énergétique et écologique sous la pression de l’industrie chimique, de l’agriculture industrielle intensive et des marchés financiers. Ces pouvoirs ont obtenu le remplacement du Plan Vert Européen par un Plan Industriel Européen à l’aune de la réindustrialisation du monde par l’Intelligence Artificielle (2).

Cette Europe inégale est revenue à la lutte contre les appauvris dits « assistés » en laminant les droits sociaux, et contre les immigrés dits « illégaux », les décisions du Conseil confirmant la directive européenne de ré-émigration, une directive indigne des valeurs hypocritement proclamées par nos dirigeants.

L’Europe du marché et de l’euro est une construction voulue et aimée uniquement par les Européens riches et puissants et par les entreprises de l’agroalimentaire, de la pétrochimie, de la pharmaceutique, de l’industrie du commerce et par les entreprises financières et high tech.

Deuxième constat. Le réarmement, une illusion dangereuse (...)

Le Conseil européen a montré de manière nette que l’Europe de l’UE ne croit même pas à son futur en dehors de son réarmement. Elle confie son devenir à la puissance des armées. Il s’agit d’une croyance illusoire.

Elle ne se limite pas à préparer la guerre. Le Conseil a décidé de soutenir la continuité de la guerre jusqu’à la défaite de la Russie, considérant cette dernière de plus en plus en difficulté sur le plan militaire.

Le réarmement

Le réarmement comme stratégie prioritaire pour assurer de nouveau autonomie et sécurité à l’Europe se fonde sur un piège, celui des logiques de la puissance et de la domination. (...)

Comment peut-on penser d’inscrire le futur de l’Europe dans le cadre d’une conception si tragique de la vie et du monde et d’une vision politique et sociale si inégalitaire et cynique ?

2. Penser et mettre en œuvre les alternatives. Quelles devraient être les nouvelles stratégies de l’Europe ?

Notre proposition est de passer d’une stratégie du réarmement et de guerre de domination à une stratégie de régénération de la vie de la Terre et de sécurité collective solidaire. (...)

Notre proposition comporte :

– avant tout, une action prioritaire à entreprendre, sans la réalisation de laquelle toute stratégie alternative sera difficilement réalisable, centrée sur la redéfinition du système mondial de la propriété intellectuelle dans le but de modifier les principes fondateurs du système actuel basé sur le droit de propriété privée et à but lucratif des brevets sur le vivant et sur la connaissance, et

– en étroite liaison avec l’action prioritaire, promouvoir la stratégie de la régénération de la vie axée sur une politique intégrée des biens et des services communs publics mondiaux essentiels pour la vie, des communautés locales à la communauté planétaire, en trois volets : (...)

Dans tous les domaines de vie couverts par les trois volets, on constate qu’un nombre significatif de facteurs systémiques jouent un rôle clé déterminant, notamment de blocage. Pour réussir, la stratégie de régénération doit identifier et essayer d’éliminer les facteurs bloquants. Parmi ceux-ci, le régime des brevets privés à but lucratif y figure avec force. C’est un des blocages clés qu’il faut faire sauter. (...)

3.Modifier les principes fondateurs du système actuel concernant le droit de propriété intellectuelle, basé sur le droit de propriété privée et à but lucratif des brevets sur le vivant et sur la connaissance (...)

Après 45 ans, le monde créé et imposé par les Etats-Unis et ses « alliés » est inadmissible et intolérable.

La vie a été réduite à un ensemble de marchandises. Quasi tout organisme vivant est à vendre, et sa valeur est définie par son prix marchand. La sacralité de la vie a été jetée aux orties. Une aberration. (...)

L’économie des droits humains ne peut être fondée que sur le principe de la responsabilité financière collective via la fiscalité juste et redistributive et/ou le coopérativisme solidaire. Les brevets actuels sont les fossoyeurs des biens communs publics et de la socialité.

Les pouvoirs publics ont perdu la maîtrise de la politique de la vie au profit des grandes entreprises et des groupes financiers. L’Etat ne possède plus la souveraineté / responsabilité réelle en la matière. La souveraineté/domination est devenue l’apanage des sujets économiques et high tech mondiaux, globaux, privés. (...)

Modifier le régime actuel des brevets sera difficile à réaliser en quelques années. L’histoire montre que toute transformation radicale allant dans le sens de la justice, de la liberté collective, de la démocratie, de la solidarité et de la paix, a été difficile, mais que grâce à la persévérance, à la patience et au courage, les transformations radicales ont pu être obtenues. (...)