« Aujourd’hui, militer contre les projets de TotalEnergies peut entraîner une longue incarcération dans des prisons de haute sécurité, pour des infractions qui ne sont pas caractérisées. L’évolution de la répression tend vers une banalisation de cette tendance »
Huit militants ougandais du mouvement StopEACOP ont été libérés le 29 avril, après avoir passé près de neuf mois en détention provisoire. Leur arrestation et la durée de leur détention mettent en lumière une répression qui ne cesse de s’intensifier afin de museler toute contestation face aux méga-projets pétroliers qui se développent en Ouganda et en Tanzanie.
Le 1er août 2025, douze militants du collectif Students Against EACOP Uganda sont arrêtés à Kampala alors qu’ils participaient à un sit-in pacifique devant le siège de la Stanbic Bank pour dénoncer sa contribution financière aux projets pétroliers menés par TotalEnergies. Accusés de “nuisance sur la voie publique”, ils sont alors placés en détention provisoire à la prison de haute sécurité de Luzira.
Quatre d’entre eux seront finalement libérés et condamnés à des travaux d’intérêts généraux après avoir plaidé coupable. Les huit autres militants – qui n’ont cessé de clamer leur innocence – sont restés en détention provisoire jusqu’à leur procès qui s’est tenu le 17 avril 2026, à l’issue duquel ils ont été condamnés à onze mois de prison. Ayant réalisé la majeure partie de leur peine en amont du procès, ils ont finalement été libérés le 29 avril. (...)
Une répression qui ne cesse de s’intensifier
Pour les défenseurs des droits humains et de l’environnement, l’acharnement judiciaire qu’ont subi ces militants marque un tournant dans la criminalisation de la dissidence politique en Ouganda. (...)
En avril 2024, alors qu’il se rendait au tribunal pour défendre des militants de StopEACOP, Kato Tumusiime avait été agressé et dépouillé de ses dossiers judiciaires, de son ordinateur et de ses téléphones. « Certains avocats ont été menacés de mort ou attaqués pour avoir défendu des défenseurs des droits humains. La répression et l’intimidation n’inquiètent pas seulement les militants, mais concernent toute personne ou organisation qui les soutient », explique-t-il à la Relève et la Peste.
Des arrestations en hausse (...)
L’ONG African Institute for Energy Governance (AFIEGO) a recensé plus de 200 arrestations de militants de StopEACOP entre septembre 2020 et août 2025, avec une hausse notable entre 2022 et 2025.
Si les menaces, intimidations et arrestations sont une expérience commune depuis des années pour les personnes qui s’opposent aux projets de TotalEnergies, comme le relatent de nombreux militants, le spectre de la détention arbitraire et prolongée – qui s’est récemment imposé – inquiète fortement les défenseurs de l’environnement. (...)
Une nouvelle législation qui inquiète
Le mardi 5 mai, le Parlement ougandais a adopté le Sovereignty Bill, un projet de loi présenté par ses partisans comme un levier pour préserver l’autonomie de l’Ouganda de potentielles ingérences extérieures. De nombreuses organisations de la société civile ont exprimé leurs craintes de voir leur liberté d’expression et d’association considérablement menacées par cette nouvelle législation. (...)
Lors des débats au Parlement, le procureur général Kiryowa Kiwanuka a directement mentionné l’opposition au projet EACOP, en précisant que toute personne qui bénéficierait d’un soutien financier étranger pour contester les projets pétroliers serait considérée comme un « agent de ressortissants étrangers » et pourrait être poursuivie en vertu de cette loi.
En dépit d’une répression de plus en plus sévère, les militants de StopEACOP continuent de manifester pacifiquement leur opposition aux projets écocidaires de TotalEnergies et de ses partenaires. Le 20 avril, six militants ont été arrêtés à Kampala, alors qu’ils distribuaient une pétition contre le projet EACOP. (...)