Il existe un fil subtil entre les rêves de conquête spatiale, de voiture autonome, d’homme augmenté du milliardaire et ses prises de position : la science-fiction. Influencé par ses lectures de jeunesse, Elon Musk se projette dans un futur glaçant et inhumain.
Ils pourraient y rester encore jusqu’au début 2025. La Nasa estime qu’il y a trop de risques à ramener sur terre les astronautes Barry Wilmore et Sunita Williams de façon sûre, les désordres et les incidents du vaisseau Starliner, conçu par Boeing, étant nombreux.
Ayant perdu confiance dans la compagnie, qui a détruit par une stratégie suicidaire ses compétences autant dans le spatial que dans l’aéronautique, l’agence spatiale américaine souhaite rapatrier ses astronautes dans un vaisseau spatial conçu par SpaceX, la société d’Elon Musk.
Le milliardaire pouvait-il rêver plus belle consécration ? (...) Elon Musk a désormais porte grande ouverte pour utiliser tous les moyens de l’agence américaine pour la réalisation d’un de ses projets, le plus grand de tous sans doute : la colonisation de Mars. Un rêve qu’il partage avec un autre milliardaire du numérique : Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon. (...)
Libertarien extrême, Elon Musk affiche une détestation assumée de l’État, de ses règles, de ses lois. L’homme le plus riche du monde – en concurrence avec Bernard Arnault – entend que rien n’entrave ses projets, sa vision, ses lubies. Dernièrement, il s’en est encore pris au gouvernement suédois, estimant que ses lois sociales et les syndicats contrecarraient par trop ses vues.
Sa haine de l’État s’arrête toutefois quand il s’agit d’argent public. Il attend des autorités, où qu’elles soient dans le monde, qu’elles se plient en quatre pour répondre à ses attentes : elles doivent être à sa disposition pour lui apporter aide et soutien dans ses projets. SpaceX en est une parfaite illustration. (...)
Depuis des années, la société d’Elon Musk est biberonnée aux aides publiques, avec des programmes taillés sur mesure, se chiffrant en milliards de dollars, pour l’aider à se développer. En retour, l’entreprise a rempli tous les espoirs que l’agence spatiale avait mis en elle.
Leader incontesté du spatial (...)
SpaceX est désormais le leader incontesté du marché des lanceurs spatiaux occidentaux. (...)
Fort de ces réussites techniques et commerciales, Musk a étendu son empire. Il a lancé son propre réseau de satellites de communication, Starlink, proposant un accès internet haut débit partout dans le monde. Un réseau dont il a décidé en 2023 de limiter l’accès en Ukraine, après avoir pris fait et cause pour Vladimir Poutine.
De façon plus symbolique, avant de mettre en lumière son « génie », il a décidé, pour le premier vol du lanceur Falcon Heavy, en 2018, d’expédier une Tesla rouge, une autre de ses fabrications, avec à son bord un mannequin nommé Starman. Un geste qui ne doit rien au hasard.
Dans l’univers de la science-fiction
Rien n’est compréhensible dans les choix d’Elon Musk, dans ses prises de position, ses obsessions si on ne se réfère pas à la science-fiction. (...)
Robert Heilein, Isaac Asimov, Ray Bradbury entre autres, et naturellement Star Wars.
Toutes ces œuvres ont été écrites dans ces moments du XXe siècle marqués par le fascisme, le totalitarisme communiste, la guerre froide. Elles développent des visions noires de mondes marqués par l’arbitraire, le totalitarisme, les technologies implacables, l’absence de liberté. Partout règne le côté obscur de la force. « C’est un futur qui décrit un monde où les pauvres, les personnes sans pouvoir et les robots connaissent la place qui leur est assignée, celle de servir les puissants », a relevé Jill Lepore.
Un rôle messianique
À ses débuts, Elon Musk s’est contenté de nommer certaines de ses créations en empruntant des références à ces livres qui avaient marqué sa jeunesse. Mais le temps où il ne rêvait que de conquête spatiale et de progrès technologiques est en train de s’achever. Plus il s’enrichit et conquiert de la puissance, plus il s’arroge un rôle messianique, ses projets empruntant beaucoup à ces futurs effrayants de science-fiction. (...)
Dernièrement, Elon Musk s’est ainsi pris de passion pour « l’homme augmenté ». Il a créé une nouvelle société, Neuralink, en vue de promouvoir des technologies susceptibles d’augmenter les capacités neuronales et cognitives. (...)
Dans le même temps, il poursuit son rêve de supprimer l’humain. Après les débuts – jusque-là peu concluants – de la voiture autonome, Musk a annoncé son intention d’installer des robots dans son usine automobile Tesla. Pas de ceux qui sont partout dans les usines de production automobiles et ailleurs. (...)
De la même manière, il entend développer au plus vite les technologies de l’intelligence artificielle, où il a pris beaucoup de retard par rapport à ses concurrents, notamment pour l’utiliser dans la communication. Son rêve ? Faire de l’information sans journalistes. Des premiers essais ont été réalisés : la moitié des informations étaient fausses ! Mais c’est peut-être un détail pour Elon Musk qui ne se soucie guère de la vérité des faits.
Le meilleur des mondes (...)
Tout à son désir de puissance, Elon Musk a acheté des centaines d’hectares à côté d’Austin pour y construire non seulement les sièges de ses activités et une gigafactory mais aussi sa ville. Il en dessine lui-même tous les plans. Au-delà de la piscine, salles de sport et autres, il entend ériger son utopie : un monde fermé, contrôlé.
Car Elon Musk a dépassé depuis longtemps le monde du business pour décliner désormais une vision totale et surtout totalitaire. Comment ne pas penser à La Servante écarlate quand il décline ses projets de repeuplement de la Terre, son refus de ce qu’il qualifie de « wokisme », réduisant les femmes à la seule fonction de reproduction ? Un cauchemar.