Balayant l’opposition unanime des associations, les craintes en interne et une pétition à 100 000 signatures, le président de la République a proposé que le sénateur aux positions réactionnaires devienne le nouveau visage de l’institution indépendante censée s’assurer de l’égalité entre les citoyens.
Alors que tous les regards étaient tournés, mardi 7 juillet, vers la cour d’appel de Paris, amenée à décider du sort de Marine Le Pen dans l’affaire des assistant·es parlementaires, l’Élysée a glissé un bref communiqué pour officialiser une proposition de nomination particulièrement controversée. (...)
Les agent·es de l’institution, déjà interrogé·es par Mediapart, se disent depuis « dépité·es » et « sous le choc » qu’un profil avec « un si grand écart entre ses prises de position récentes et les recommandations de l’institution » soit envisagé avec sérieux. (...)
Sitôt l’annonce faite, la CGT du Défenseur des droits a rédigé un texte de réaction : « Nous renouvelons nos inquiétudes quant aux valeurs portées par M. Buffet, contraires aux droits et principes défendus par le Défenseur des droits. Nous en appelons à la responsabilité des parlementaires afin qu’ils ne valident pas la nomination. »
Une agente, Elsa*, se veut combattive et espère que la dernière cartouche dont ils disposent sera utilisée, à savoir que les commissions se livrent à un entretien serré de l’impétrant. (...)
La crainte de dossiers enterrés
Le potentiel futur Défenseur des droits s’est aussi illustré par le passé par des positions limitant les droits des femmes et minorités de genre, s’opposant à l’extension de l’assistance médicale à la procréation (AMP) aux couples de femmes et aux femmes seules et s’abstenant sur la constitutionnalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG).
Lorsqu’il était ministre auprès du ministre de l’intérieur Bruno Retailleau, François-Noël Buffet avait également jugé nécessaire de « s’interroger » sur la possibilité de déchoir la députée Rima Hassan de sa nationalité française, si celle-ci venait à être condamnée pour ses déclarations concernant le Hamas. (...)
Alors que l’actuelle défenseuse des droits Claire Hédon vient de rendre un avis sévère sur la gestion du maintien de l’ordre à Sainte-Soline, Elsa s’interroge sur le positionnement futur de François-Noël Buffet sur ce sujet inflammable. Maintenant que cette nomination se concrétise, elle craint qu’il enterre purement et simplement des dossiers. (...)
Certains, comme Mathieu*, pensent opter pour la résistance interne. L’agent se dit « sidéré » et se demande si les partenaires de l’institution, comme les associations, vont vouloir continuer à travailler avec François-Noël Buffet.
Pour lui, cette proposition transpire le « mépris ». Car « penser qu’une personne qui incarne autant de combats qui sont à l’opposé de ceux que porte l’institution peut faire un bon défenseur des droits montre le mépris du pouvoir envers les droits et libertés, les défenseurs des droits au sens large, la société civile, tous les corps intermédiaires, l’État de droit ».
Mathieu considère que le signal envoyé à la société à propos des contre-pouvoirs est dévastateur. (...)
Autre sujet, même temporalité brûlante : ce même mardi 7 juillet à l’Assemblée, les macronistes et l’extrême droite ont offert un quasi-« permis de tuer » aux forces de l’ordre. (...)
Cette concordance de calendrier entre la décision de Marine Le Pen de se présenter à la présidentielle malgré sa condamnation en appel, ce vote de la loi sur la légitime défense et cette nomination n’échappe pas à Mathieu. « C’est une journée noire sur le front de la défense de l’État de droit. (...)