Les velléités anciennes des États européens d’externaliser le traitement des demandes d’asile se sont récemment concrétisées à travers les « accords » Royaume-Uni/Rwanda et Italie/Albanie. Alors que l’initiative britannique a été abandonnée, celle de l’Italie est temporairement bloquée. Après l’annulation des deux premiers transferts d’exilés dans les camps en Albanie et dans l’attente de la décision de la Cour de cassation de Rome sur le recours du gouvernement italien, celui-ci a rappelé le personnel mobilisé sur place.
Ces expérimentations, que l’application du Pacte européen sur la migration et l’asile pourrait favoriser, se heurtent pour l’instant au droit. Malgré ces revers et leur coût exorbitant, elles suscitent un engouement décomplexé des responsables européens qui ne se cachent plus de vouloir repousser hors de leurs territoires les personnes en demande de protection internationale.
La médiatisation et l’instrumentalisation de ces feuilletons politico-juridiques normalisent les violations des droits des exilé·e·s, mais aussi du droit international qui les définit et de la hiérarchie des normes qui les garantit, face à une souveraineté nationale prétendument bafouée. De même, dans les pays « tiers » parfois autoritaires, les « partenariats » migratoires conclus par l’Europe contribuent à délégitimer et irrégulariser les personnes exilées, au mépris des droits. (...)