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Face à un réseau saturé, le Danemark fait passer les data centers après les usages essentiels
#datacenters #multinationales #democratie #electricite #urgenceClimatique
Article mis en ligne le 8 juillet 2026
dernière modification le 4 juillet 2026

Le gouvernement danois veut désormais hiérarchiser l’accès au réseau électrique en fonction de l’intérêt général. Une décision qui illustre les nouveaux arbitrages énergétiques imposés par le développement de l’intelligence artificielle.

Lorsque le réseau électrique ne suffit plus à satisfaire tout le monde, qui faut-il alimenter en priorité ? Le Danemark vient de trancher. Le gouvernement a annoncé qu’il établirait un ordre de priorité pour les nouveaux raccordements électriques afin de réserver les capacités disponibles aux activités jugées essentielles. Les grands centres de données figurent, eux, parmi les derniers servis.

Le choix est loin d’être symbolique. En mars, le gestionnaire du réseau Energinet avait déjà suspendu pendant trois mois l’examen des nouvelles demandes de raccordement. Les projets en attente représentaient près de 60 gigawatts, alors que le réseau danois est dimensionné pour absorber environ 7 gigawatts lors des pics de consommation.

Santé, chauffage, transports... en priorité (...)

Le projet de loi, qui sera présenté à l’automne, prévoit de classer les demandes de raccordement selon quatre niveaux de priorité. (...)

Ce débat sur les arbitrages énergétiques commence aussi à émerger ailleurs. Aux Pays-Bas, les autorités ont déjà limité l’implantation de nouveaux centres de données autour d’Amsterdam. L’Irlande a freiné les raccordements dans la région de Dublin où ces infrastructures absorbent une part importante de l’électricité disponible. Aux États-Unis, l’État du Maine a adopté au printemps un moratoire sur les très grands data centers afin d’évaluer leurs effets sur le réseau électrique, la consommation d’eau et les factures des ménages.

La France, nouvel eldorado des data centers

La France ne suit pas tout à fait la même trajectoire. Depuis le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle organisé l’année dernière, Emmanuel Macron multiplie les annonces pour attirer ces infrastructures numériques en mettant en avant une électricité abondante et largement décarbonée, notamment grâce au nucléaire. La récente loi de simplification de la vie économique facilite même leur implantation en permettant à certains projets d’obtenir le statut de projet d’intérêt national majeur.

Les investissements suivent. (...)

À cette pression sur le réseau s’ajoutent les effets du changement climatique. Lors du dernier épisode de canicule, l’opérateur Cogent a averti qu’il ne parvenait plus à refroidir normalement l’un de ses centres de données à Rennes. "Le risque de surchauffe est réel", alertait alors Frédéric Bordage, fondateur du collectif Green IT, rappelant que de nombreux équipements ont été conçus à partir de données climatiques désormais dépassées.
La colère gronde

Le Danemark n’est sans doute qu’un avant-goût des arbitrages à venir. En France notamment, les projets de data centers cristallisent de plus en plus les oppositions. Dans la Drôme, un collectif a déposé un recours contre le projet de Sesterce à Rovaltain. À Marseille, plusieurs associations dénoncent depuis des années les conséquences des data centers sur la consommation d’eau et d’électricité. Dans l’Indre, près de 200 personnes ont encore manifesté fin juin contre le futur campus de Google à Étrechet, dénonçant son emprise foncière, sa consommation électrique et le faible nombre d’emplois promis. Les élus locaux défendent au contraire un investissement stratégique pour la réindustrialisation et la souveraineté numérique.

Aux États-Unis, plus de 75 projets représentant près de 130 milliards de dollars d’investissements ont déjà été retardés ou abandonnés sous l’effet de mobilisations locales, selon le cabinet Data Center Watch, tandis que des collectifs se sont constitués dans presque tous les États.

Cette montée des contestations accompagne une autre réalité. Les géants du numérique eux-mêmes peinent à concilier leurs ambitions climatiques avec la course à l’intelligence artificielle. Google indique que ses émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 82% depuis 2019, tandis qu’Amazon affiche une hausse de 58% sur la même période, principalement sous l’effet de la construction de nouveaux data centers. (...)


Crédit image : Charlie fong, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons