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RFI
Face au taux élevé de suicide chez les jeunes, Séoul mise sur l’intelligence artificielle
#CoreeduSud #suicides #IA #competition
Article mis en ligne le 21 juin 2026

En Corée du Sud, le suicide est devenu la première cause de mortalité chez les jeunes. Alors que le pays possède le plus haut taux de suicide chez les moins de 30 ans au sein de l’OCDE, le gouvernement a dévoilé un vaste plan national. Au cœur de cette stratégie inédite : le déploiement de l’intelligence artificielle pour détecter les signaux de détresse chez les jeunes.

C’est un mal invisible qui ronge la société coréenne. Entre 2016 et 2025, le nombre de décès par suicide chez les moins de 30 ans a bondi de 273 à 396 cas, soit une hausse de 45 % en moins de dix ans, selon le ministère coréen des Données et des Statistiques. Le nombre de mineurs ayant recours à un traitement psychiatrique a lui aussi explosé, passant de 274 000 en 2021 à 431 000 estimés en 2025. Ces chiffres illustrent l’ampleur de la crise autour de la santé mentale qui touche la Corée du Sud.

Pour endiguer ce problème de santé publique, le gouvernement a donc décrété l’état d’urgence. (...)

Afin de comprendre les racines profondes de ce malaise, il faut se pencher sur un système éducatif extrêmement rigide qui pèse lourdement sur la jeunesse dès son plus jeune âge.

Pour le chercheur, tout commence bien avant l’université. Le « Suneung », examen national d’une journée qui conditionne l’entrée dans les meilleures universités et avec lui l’ensemble du destin social d’un individu. « Cet examen va se préparer parfois dès le collège, dans des instituts privés où l’on va étudier le programme de l’année suivante. Les familles vont dépenser une fortune. L’enfant sent qu’il a sur les épaules une responsabilité qui n’est pas simplement son propre avenir. C’est aussi l’avenir et la réputation d’une famille entière. »

Résultat : « On les voit arriver en première année d’université, ce sont des zombies. Ils n’ont quasiment pas eu de vie », témoigne le professeur qui enseigne dans une université de Séoul. Une fois en études supérieures, la compétition continue mais différemment (...)

Une priorité nationale

Le nouveau plan gouvernemental s’articule donc autour de cinq axes, allant de la détection précoce de la dépression au renforcement du soutien institutionnel. Le plan prévoit également des réformes pédagogiques structurelles pour alléger le poids de la performance scolaire ainsi que des psychologues déployés dans toutes les écoles du pays, qui pourront, pour la première fois, intervenir auprès des enfants afin de leur proposer des soins sans l’accord de leurs parents. Car en Corée du Sud, les troubles psychiques sont très souvent stigmatisés. (...)

C’est notamment pour cette raison que l’intelligence artificielle sera déployée sur deux fronts. D’abord pour surveiller les espaces numériques et traquer sur les réseaux sociaux les publications incitant au passage à l’acte en décodant l’argot, les métaphores ou encore les codes linguistiques échappant aux adultes ou à l’œil humain. Mais l’IA servira aussi à repérer les signaux faibles, en analysant les communications directes. Le système tentera ainsi d’identifier les signes avant-coureurs de détresse psychologique.

Si cette approche semble innovante, elle prolonge des expérimentations déjà menées depuis 2020 par l’université nationale de technologie de Séoul, qui travaillait sur un système de prévention fondé sur l’analyse vidéo par intelligence artificielle sur les ponts de la rivière Han, des lieux fréquemment associés aux passages à l’acte (...)

Pour cela, l’IA croise des données variées : données sociodémographiques, publications sur les réseaux sociaux, données de sommeil via les objets connectés, historiques médicaux, mais aussi le langage lui-même via par exemple les retranscrits des entretiens psychiatres-patients. (...)

Toutefois, malgré ces avancées technologiques, Benjamin Joinau convient de tempérer les attentes quant à la capacité de ces outils à résoudre seuls cet enjeu de santé publique. « On est avant tout face à un problème structurel de la société coréenne. On ne règlera pas les sources du problème des suicides en Corée du Sud uniquement avec l’intelligence artificielle », termine ce dernier.