Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Reporterre
Fleur Breteau : « Quand on tombe malade du cancer, nos corps rapportent de l’argent »
#Cancer #CancerColere #sante
Article mis en ligne le 17 juin 2026
dernière modification le 13 juin 2026

Avec son crâne nu et ses phrases choc, elle a été la figure de la mobilisation contre la loi Duplomb. Fleur Breteau, cofondatrice du collectif Cancer Colère, sort un livre du même nom vendredi 6 février (éditions du Seuil). Elle y raconte comment elle en est venue à défendre cette idée forte : « Le cancer est politique. »

Un an après la création du collectif Cancer Colère, Fleur Breteau publie un livre éponyme le 6 février. Dans un entretien à Reporterre, elle revient sur ce qui, en tant que malade, lui a donné envie de lutter. (...)

Comment est née votre colère ?

Le jour où j’ai eu le diagnostic de ce deuxième cancer, je ne m’y attendais pas du tout. Et quelques heures plus tard, un de mes plus proches amis décédait de son cancer. Donc c’était dur. (...)

Quand on est en chimiothérapie, on attend longtemps et on discute avec les personnes. Ça a changé beaucoup de choses pour moi. Très vite, on discutait des causes, de comment on vivait la maladie, de notre rapport à elle et aux traitements. Il y avait une unanimité sur le fait qu’on est empoisonnés. Ça a commencé à me remuer.

Et puis un jour, le 27 janvier 2025, j’étais à l’hôpital de jour, et c’était la première chimio difficile que j’avais. Je me sentais vacillante et sur mon téléphone, j’ai découvert que les sénateurs se réjouissaient d’avoir voté pour la loi Duplomb qui prévoit la réintroduction d’un néonicotinoïde, un pesticide très toxique pour la santé humaine et pour les abeilles. C’était l’acétamipride. (...)

Et là, il y a eu un phénomène chimique en moi. Est-ce la chimio, avec les corticoïdes, qui s’est mélangée avec l’angoisse, la peur de mourir, la peur de souffrir ? J’ai eu une colère d’une intensité... Je peux me comparer à Hulk ! C’était très puissant et deux mots me sont venus : « cancer, colère ». Je me suis dit : le cancer est politique. À partir du moment où les législateurs votent des lois qui nous empoisonnent, comment peut-on guérir du cancer ? Ce n’est pas possible. (...)

Et la deuxième information qui m’a bouleversée, c’est d’apprendre que ceux qui fabriquent les pesticides fabriquent aussi des traitements contre le cancer.

Ils ont intérêt à ce que la maladie continue ?

Voilà. Quand vous êtes en chimiothérapie et que vous découvrez ça, vous avez l’impression d’être utile à des entreprises privées. Et c’est un sentiment bouleversant. (...)

l y a bien une inégalité de genre face à la maladie. Les études scientifiques ont négligé le corps féminin dans la recherche. Il faut savoir — c’est un fait très important — que la plupart des tissus du corps féminin sont sensibles, réactifs aux hormones, contrairement au corps masculin. Une grosse partie des pesticides sont des perturbateurs endocriniens. Donc, les femmes sont en première ligne de la maladie. (...)

dans le parcours de traitement, beaucoup de femmes viennent seules à l’hôpital. Vous voyez très rarement un homme seul venir pour un traitement, il est toujours accompagné. Je ne suis pas étonnée que 80 % des personnes qui rejoignent le collectif Cancer Colère soient des femmes. (...)

Depuis 1945, l’agriculture intensive s’est développée pour maximiser les rendements, à grand renfort de produits chimiques et de machines et sans aucun scrupule pour la santé des agriculteurs, qui sont en première ligne. On sait depuis 1962 que tous ces produits chimiques déciment la biodiversité, déciment la santé humaine, que cela persiste dans l’environnement, et que pour s’en débarrasser, on n’a pas de solution à court terme. (...)

Mais le gouvernement, la Commission européenne, le Sénat et l’Assemblée nationale soutiennent les industriels de l’agriculture, qui sont les adversaires à la fois du monde paysan et des malades du cancer, de Parkinson, du diabète et de plein d’autres maladies. Ces industriels accaparent les terres agricoles au détriment des paysans et imposent les prix. Ils contaminent massivement les sols et l’eau, puisqu’ils ont besoin de beaucoup de pesticides pour maximiser leurs rendements. Et que font-ils de leur production ? Ils la vendent sur le marché international.

L’année dernière, quand les scientifiques ont dit que le cancer était une épidémie en France, il n’y a pas eu un mot du président de la République, ni du Premier ministre, ni du ministre de la Santé pour les millions de Françaises et de Français concernés par la maladie. La Commission européenne a porté ce que l’on appelle la directive Omnibus, qui autorise les pesticides de manière illimitée. C’est extrêmement grave. (...)

il y a une vraie question à se poser quand des personnes aussi nombreuses dans les arcanes démocratiques piétinent le bien commun qu’est la santé publique, et au détriment de la Sécurité sociale. Parce qu’on va nous démolir la Sécurité sociale. Quand on va tomber malade, il va falloir commencer à payer pour se faire soigner tout en rapportant de l’argent aux laboratoires qui fabriquent des médicaments. Pour 1 euro investi par l’agrochimie dans les pesticides, ça coûte 10 euros à la société, en décontamination, en santé publique, en arrêt maladie, en destruction de la biodiversité. (...)

Nous, on incarne les conséquences d’un système qui part en vrille. Mais le monde paysan, la filière bio, les gens qui ont des gestes respectueux vis-à-vis de leurs bêtes, de la terre, des plantes, des haies, ils protègent l’eau et ils ont une solidarité magnifique qui nous inspire énormément. Les paysans incarnent notre guérison. Sans eux, on est cuit. (...)

100 % de la population fait face à des risques de cancer ou d’autres maladies environnementales, qui augmentent tous les jours. Et ça n’a aucun lien avec l’immigration, aucun lien avec la couleur de la peau. Donc, on va arrêter avec toutes ces idées d’extrême droite et on va s’attaquer aux vrais problèmes. Parce que dès juillet 2026, si toutes les lois agricoles en cours sont mises en application, la prévention des cancers ne sera plus possible en France.